Jeux vidéo : France 2 fait peur, France 2 est game-over

jeux video accro

Samedi soir, des milliers de Français ont regardé le journal télévisé de 20h sur France 2. Coincés entre des sujets terribles comme "la neige en France", ou encore "le concours Miss Ronde", il y avait ce titre énigmatique "enquête : les accros à la console". Et là, attention, ça fait mal :

Pour le journal de France2 en replay, c’est ici (c’est celui du samedi 19 janvier). Le reportage commence à 24:52. L’intro : des hommes de 18 à 30 ans passent jusqu’à 12h par jour devant leurs jeux vidéo. Rapidement, il est dit que ce phénomène de dépendance est « minoritaire », mais il existe. Et les minutes qui suivent sont brutales. Les mots « dépendance » « addiction » « aide médicale » sont lâchés. Le sujet est grave.

Tout d’abord le titre « les accros de la console » est une ineptie puisque ce reportage ne montre que des images d’un jeu PC. Passons. C’est pour faire peur à ménagère de moins de 50 ans qui a offert une Wii U à ses enfants.

On subit ensuite le témoignage de Damien qui passait près de 8 heures sur sa Gameboy quand il avait 10 ou 11 ans. Mais que faisaient les parents de Damien ? Franchement, quand un journaliste entend ça, pourquoi ne pose-t-il pas la seule question valable ?

Le reporter nous apprend que « les jeux en réseau sur Internet » sont « les plus addictifs ». Damien justifie ensuite son comportement. Il dit que les « jeux vidéo lui permettent de s’échapper de la vie ». La voix off confirme ce qu’on pressentait, il s’éloigne de sa famille, de ses amis et de ses cours. Heureusement, un hôpital a ouvert un service spécialisé dans la cyber-addiction. Puis, on voit les mains de Damien, les pieds de Damien, et finalement un psy qui ne nous apprend rien. Damien aime les jeux vidéo car il a un « sentiment de maîtrise ». La bataille contre la cyberaddiction passe par des « consultations » ou des « groupes de parole ». La musique d’ambiance est dramatique.

Bouchez les oreilles de vos enfants, le pire est à venir. On touche vraiment le fond quand une mère parle à visage cachée de son fils de 30 ans qui est « addict à Internet » (Tiens, elle est médecin ?). Puis l’histoire prend un tournant insupportable. Horreur absolue, chez lui : « il n’y avait pas d’alcool, pas de drogue ». Non, c’était pire ! « Il y avait des cartons de pizza sur le sol. » Elle rajoute « plusieurs épaisseurs » et ce n’est pas tout, il y avait aussi dans son appartement « des bouteilles de Coca-Cola partout ». Ils auraient pu prévenir ! C’est vrai quoi ! Il ne se drogue pas, ne boit pas et il a moins de 30 ans ! L’en*** !

Alors, je m’adresse à F. Prabonnaud, M. Niewenglowski et C. Forge ainsi qu’à Pascal Doucet-Bon, le rédacteur en chef de ce journal. Arrêtez de faire du sensationnalisme avec rien. Vous parlez de gens dépressif et vous accusez les jeux vidéo qui ne sont pas une cause mais une manifestation d’un mal-être. Grâce à vous, des milliers de parents sont inquiets quand ils voient leur enfant jouer aux jeux vidéo. Certains iront voir un psy. Certains se penseront fous. Est-ce vraiment l’idée que vous vous faites du service public ? Quand vous prenez la parole à une heure de grande écoute, vous avez des responsabilités, que diable !

Nous sommes en 2013, et vous ne savez pas encore que l’addiction aux jeux vidéo n’existe pas. Je vous invite donc à lire cet article et celui-ci écrit par l’excellent Yann Leroux. Puis, comme l’erreur est humaine, pourquoi ne feriez-vous pas un autre reportage montrant que le jeu vidéo n’est pas plus dangereux que la télévision, le sport ou l’éducation ? Et attention, si vous commencez à faire du journalisme, vous pouvez rapidement y prendre goût et devenir « addict à la vérité ».

Tags :