CES 2014 : Internet des objets, informatique portable et robots

Le Consumer Electronics Show, la grand-messe annuelle mondiale de la high-tech, vient de se terminer à Las Vegas et cette année, les téléviseurs 3D, smartphones et autres tablettes numériques se sont fait voler la vedette par un déferlement irrésistible : celui de l’Internet des objets et de l’informatique ubiquitaire et intuitive.

Ce cru 2014 a notamment été marqué par la percée du concept de « maison intelligente » qui est venue remplacer celui de « domotique ». Il est vrai que la domotique, apparue il y a plus de 25 ans, n’avait jamais réussi à conquérir le grand public pour deux raisons : tout d’abord, les différents systèmes proposés étaient, pour la plupart, « propriétaires » et ne proposaient aucune interopérabilité ni évolutivité. Seconde raison, les systèmes domotiques étaient complexes et chers et nécessitaient souvent la pose d’un câblage spécifique dans les habitations.

Mais aujourd’hui, avec la banalisation de l’Internet et la généralisation des tablettes tactiles et des smartphones, la maison intelligente devient enfin une réalité. D’ici quelques mois, la société Ok-i-dokeys mettra sur le marché une serrure intelligente, qui permet le contrôle à distance de l’accès domestique. Concrètement, ce système permet de programmer à volonté la porte de son domicile de manière à choisir quelles personnes peuvent entrer chez vous et pendant quelles périodes. La société Schneider a par ailleurs présenté au CES une « box » baptisée « Wiser », qui permet de piloter à distance le chauffage à partir de son smartphone ou de sa tablette.

On se souvient qu’en 2013 la société Parrot s’était taillée un franc succès en présentant au CES son « Power Flower », un petit module directement implantable dans les jardinières et les pots de fleurs et capable de mesurer les besoins de nos plantes domestiques en chaleur, lumière, humidité et nutriments.

Tous les géants de l’électronique et du numérique sont à présent dans la course pour imposer leur solution de gestion domestique à distance, à commencer par Google qui vient d’acheter, pour plus de 3 milliards de dollars, la société californienne Nest, fabricant de thermostats intelligents.

L’autre domaine en pleine explosion, à côté de celui de la maison intelligente, est la télésanté, un concept qu’il faut entendre au sens large et qui comprend non seulement des applications proches de la télémédecine mais plus largement des téléservices liés au bien-être et à la forme.

La société Withings a par exemple présenté son Aura Smart Sleep System, un petit boîtier capable d’analyser la qualité de votre sommeil et de transmettre en temps réel à votre médecin les informations concernant cette variable de santé. Mais ce système se veut également proactif et propose une aide lumineuse personnalisée à l’endormissement et au réveil. Et si avant d’aller dormir vous ne vous êtes pas consciencieusement lavé les dents, la firme Kolibree vous proposera bientôt une « brosse à dents intelligente » qui vous indiquera les améliorations à apporter au nettoyage quotidien de vos dents !

Une fois que vous aurez pu vérifier que votre sommeil est de bonne qualité et que vos dents sont propres, vous aurez peut-être envie d’aller faire un tour sur la plage. Dans ce cas, vous pourrez bientôt utiliser un bracelet très pratique fabriqué par la firme Netatmo. Baptisée « June », ce bracelet est capable d’évaluer votre temps optimal d’exposition au soleil en tenant compte de votre type de peau. Si vous ne voyez pas le temps passer avec vos amis sur la plage, « June » ne manquera pas de vous alerter et de vous conseiller de vous mettre à l’ombre.

Dans un domaine plus proche du télémédical, la société française Archos a présenté pour sa part sa nouvelle balance connectée -un objet qui devient incontournable dans toute salle de bains qui se respecte- et son « télétensiomètre » qui enregistre et transmet en permanence les données relatives à l’évolution de votre tension artérielle. En rentrant de la plage, si vous oubliez justement de prendre votre antihypertenseur, vous pourrez compter sur Glowcap, une boîte de médicaments intelligente dont le couvercle clignote et envoie un signal d’alerte si vous oubliez votre traitement…

À l’occasion de ce CES, le géant mondial des circuits et puces électroniques, l’Américain Intel, a dévoilé pour sa part « Edison », qui rassemble toutes les fonctionnalités d’un ordinateur dans un petit boîtier pas plus grand qu’une carte SD. Bâti autour d’une puce centrale à basse consommation, gravée en 22 nm, Edison dispose en outre du Wifi et du Bluetooth pour communiquer.

Intel précise qu’Edison est destiné à avoir une multitude d’applications dans tous les domaines, à commencer bien sûr par la santé. Le géant de l’électronique, pour illustrer son propos, a d’ailleurs présenté une application d’Edison qui consiste en un système de télésurveillance des nourrissons composé d’une petite tortue en plastique fixée sur un vêtement doté de capteurs biométriques.

Cet ensemble technique recueille, analyse et transmet en permanence (par Wi-Fi ou Bluetooth) plusieurs types de données concernant l’état physiologique de l’heureux bébé muni de cette barboteuse high-tech ! Ces précieuses informations sont bien sûr consultables à tout moment par les parents sur leur Smartphone ou leur tablette.

Intel, très en forme, a également présenté une nouvelle technologie appelée RealSense, qui vise à rendre plus intuitive et plus naturelle le pilotage et le contrôle de l’ensemble des outils informatiques et des appareils numériques, y compris les imprimantes 3D, grâce à la commande vocale et gestuelle.

Parmi les nombreuses applications que va permettre Realsense, on retiendra notamment la modification en temps réelle d’une image vidéo pendant une conversation sur Skype ou encore l’utilisation de la commande gestuelle dans un écran Windows 8 ou le simple recours à de petits mouvements de tête pour évoluer dans Google Maps Street View. Intel a précisé que la plupart des ordinateurs portables devraient intégrer cette technologie RealSense d’ici la fin de l’année 2014.

Ce cru 2014 du CES a également permis aux constructeurs de dévoiler plusieurs solutions novatrices en matière de sécurité et de contrôle biométrique. Parmi ces systèmes qui pourraient se substituer à terme aux traditionnels mots de passe, on trouve celui mis au point par la société Yubikey. Il s’agit d’un dispositif baptisé NEO, qui se présente physiquement sous la forme d’une clé USB. Lorsqu’un utilisateur souhaite accéder de manière sécurisée à une application ou à un service en ligne, il lui suffit d’insérer NEO dans un port USB. Le navigateur Chrome de Google utilise alors la puce de sécurité intégrée dans NEO pour effectuer un échange des clés de chiffrement avec le service souhaité.

Autre dispositif novateur, celui mis au point par la société EyeLock qui repose sur un scanner des yeux de l’utilisateur et analyse 240 points dans chaque iris. Reste que ces nouveaux systèmes de contrôle biométrique, s’ils sont difficiles à contourner, ne sont pas infaillibles. Il y a quelques mois, des hackers sont ainsi parvenus à tromper le système de sécurité biométrique de l’Apple TouchID en récupérant d’abord l’empreinte digitale de l’utilisateur sur une vitre puis en la numérisant à haute résolution avant de l’imprimer par laser sur une feuille de latex ! (Voir YouTube)

Il est donc probable que l’avenir du contrôle numérique informatique reposera sur l’utilisation combinée de plusieurs modes d’identification biométriques, le tout pouvant en outre être associé à une sécurisation physique.

Le salon high-tech de Las Vegas a aussi confirmé l’irrésistible ascension des imprimantes 3D dans les domaines les plus inattendus. C’est ainsi qu’une société américaine de Caroline du Nord, 3D Systems, a fait sensation en présentant la première imprimante culinaire 3D destinée au secteur professionnel.

Baptisée « ChefJet », cette étonnante machine peut imprimer différents ingrédients utilisés en pâtisserie, confiserie et chocolaterie. La tête à jet d’encre diffuse un jet d’eau étroit qui vient réhydrater une couche de sucre et lui donner une forme programmée à l’avance.

Cette imprimante gourmande se décline dans différentes versions dont les prix vont de 5 000 à 10 000 dollars l’unité. Mais ce coût pourrait être très vite amorti par les professionnels car ces machines ne se contentent pas de fabriquer à la chaîne bonbons et chocolats. Grâce à leur conception et leur pilotage informatique, elles peuvent également réaliser des gourmandises ayant des formes et couleurs très sophistiquées, ce qui représente un véritable avantage compétitif.

Enfin, ce cru 2014 du CES a confirmé la diffusion de la robotique dans de multiples secteurs : divertissement, télétravail, sécurité et aide à la personne notamment. Ce phénomène n’a pas échappé à Google qui a racheté récemment le fleuron de la robotique américaine, la société Boston Dynamics, en pointe au niveau mondial dans le développement de robots militaires et sécuritaires.

Parmi les grandes nouveautés cette année, il faut noter l’apparition des robots d’éveil, destinés à stimuler les capacités intellectuelles des jeunes enfants. C’est par exemple le cas de « Bo » et « Yana », de petits robots de la société californienne i-Play conçus spécialement pour jouer avec les enfants de plus de cinq ans et les initier à la musique…

Autre type de robot très « tendance », les robots « télétravailleurs » capables d’envoyer votre image et de communiquer en direct avec vos collègues de bureau quand vous êtes absent de votre lieu de travail…

N’oublions pas non plus le petit robot japonais « Paro », destiné à l’accompagnement en milieu hospitalier et conçu pour communiquer avec les patients de manière à apaiser leur anxiété grâce à ses nombreux capteurs et à son interactivité vocale.

Plus futuriste et beaucoup plus sophistiqué, les visiteurs du CES 2014 ont également pu voir le robot Thespian, mis au point par la société britannique Engineer Arts. Ce robot humanoïde très perfectionné et notamment doté d’une étonnante fluidité de mouvements peut servir de guide ou de conférencier dans un musée ou un établissement culturel.

S’agissant de cette nouvelle génération de robots, il faut souligner qu’elle sera évidemment connectée au net, ce qui décuplera sa capacité d’initiative et sa polyvalence. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces robots disposent à présent en Europe d’un Internet spécialement dédié, RobotEarth. Cette infrastructure en nuage a été conçue par plusieurs universités européennes de façon à permettre aux robots d’apprendre les uns des autres grâce à une base de données commune. Mais RobotEarth devrait également améliorer considérablement les interactions homme-machine.

Une première expérimentation de Robotearth vient de débuter à l’Université d’Eindhoven, aux Pays-Bas. Elle va permettre la collaboration interactive de quatre robots qui porteront assistance à des patients. Chacune de ces machines tiendra compte, dans son comportement, de l’expérience et des connaissances qui lui seront transmises par ses congénères…

Qu’il s’agisse de nos appareils numériques ou ménagers, de nos voitures ou de nos vêtements, de nos robots de compagnie ou même de nos bacs à fleurs, on voit donc que nous sommes en train de basculer à grande vitesse dans un monde hyper-connecté dans lequel chaque objet va devenir producteur et émetteur d’informations et sera doté d’une forme d’intelligence et, dans certains cas, d’une relative autonomie d’action et d’adaptation à son environnement.

On mesure mieux la mutation de société que va provoquer cette rupture technologique quand on sait qu’il existe déjà 12 milliards d’objets connectés dans le monde et qu’il y en aura 50 milliards en 2020, selon une prévision de Cisco et 80 milliards selon l’Idate. Le cabinet Gartner évalue à 1 900 milliards de dollars la valeur de ce fabuleux marché à l’horizon 2020. Selon Rafi Haladjian, fondateur de Sense et créateur de la plate-forme Mother qui permet de gérer ses propres objets connectés, chaque foyer, dans les pays développés, aura en moyenne une trentaine d’objets connectés dans moins de 10 ans.

Cette généralisation de l’Internet des objets va s’effectuer d’autant plus rapidement que ceux-ci disposent à présent d’un « langage » qui leur permet de communiquer et d’échanger facilement des informations. Il s’agit d’AllJoyn, un projet open source développé par l’Alliance AllSeen qui permet aux objets connectés au Web de se reconnaître et de se comprendre mutuellement en partageant l’ensemble de leurs ressources et de leurs informations.

Dans ce nouveau monde entièrement connecté, la sécurité des données et le respect de l’anonymat et de la vie privée vont devenir plus que jamais des enjeux et des défis absolument essentiels. Le logiciel AllJoyn de l’Alliance AllSeen a d’ailleurs été conçu de manière à pouvoir limiter physiquement les flux de circulation de données domestiques pour qu’ils ne puissent pas franchir le seuil du foyer.

Mais, comme on sait bien qu’aucune protection n’est infaillible, le meilleur moyen de réduire radicalement les risques de piratage domestique sera probablement, comme le souligne un récent article de la revue du MIT, d’apprendre à vivre en limitant dans nos habitations le nombre d’appareils connectés au Web… (Voir MIT Technology Review)

Ce CES 2014 marque incontestablement l’aube d’une ère nouvelle, marquée par l’émergence de cet Internet des objets, qui, articulé à l’informatique « transparente » et ubiquitaire, va profondément transformer la nature et le fonctionnement de notre économie et de notre société. Désormais, la valeur ajoutée et l’innovation n’auront de sens que dans un cadre synergique et coopératif intégrant des outils technologiques très pointus mais également des connaissances, des éléments culturels et des contraintes sociales.

Dans ce nouveau monde réticulaire, complexe et auto-organisé qui naît sous nos yeux, le pouvoir appartiendra aux organisations économiques et politiques qui sauront combiner de la manière la plus novatrice et audacieuse ces éléments technologiques, économiques, sociaux et culturels.

Sur le plan subjectif, cette révolution sera également considérable car elle nous plonge de manière irréversible dans un monde « extensif » et « augmenté » où chacun d’entre nous pourra vivre simultanément sur plusieurs plans d’existence, éclatés dans le temps et l’espace et régis par des règles symboliques distinctes…

Souhaitons que, dans ce labyrinthe numérique presque infini, de nouvelles formes de coopération, de solidarité et d’entre-aide naissent et se développent afin que cette prodigieuse augmentation de l’intelligence collective ne se fasse pas au détriment de notre humanité…

Initialement publié sur RTflash, cet article est reproduit avec l’aimable autorisation de René TRÉGOUËT, Sénateur Honoraire et fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

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