La voiture de 2025 sera entièrement automatique

google

Il y a quelques jours, la société américaine INRIX a publié une étude très intéressante sur l’évolution du trafic automobile en Europe. On y apprend notamment que, sous l’effet de la reprise économique, le niveau des embouteillages sur les routes est reparti à la hausse en 2013 en Europe pour la première fois en deux ans.

Selon cette étude, les embouteillages en Europe ont augmenté chaque trimestre de 6 % au cours des trois derniers trimestres de 2013. S’agissant de la France, chaque automobiliste a passé en moyenne 35 heures dans les bouchons en 2013 mais ce temps d’immobilisation a été nettement plus élevé dans les grandes agglomérations, de l’ordre de 47 heures environ. Piètre consolation, la France, plombée par sa situation économique très difficile et son niveau de chômage élevé, a amélioré globalement la fluidité de son trafic routier de 5 % en 2013, par rapport à l’année précédente.

Cette étude montre que les coûts directs et indirects imputables à la congestion du trafic routier dans les grandes agglomérations françaises représentent 5,9 milliards d’euros en 2013, soit une dépense annuelle d’environ 680 € par foyer urbain. Selon Inrix, le temps perdu immobilisé dans son véhicule représenterait un manque à gagner d’environ 3,5 milliards d’euros par an pour l’économie française.

Au niveau européen, Greencove a estimé pour sa part que les embouteillages auraient un coût global de l’ordre de 120 milliards d’euros pour l’économie, soit environ 600 euros par foyer européen ! Une autre étude réalisée par le cabinet KPMG en 2012 montre que les erreurs humaines sont responsables de plus de 90 % des accidents de la circulation. Selon cette étude, si le parc automobile était entièrement automatisé, plus de 30 000 vies pourraient être sauvées chaque année aux États-Unis et ce pays réaliserait des économies de plus de 300 milliards de dollars par an (218 milliards d’euros), selon les estimations de l’American Automobile Association (AAA).

Il est vrai que les Américains ont passé en 2012 4,8 milliards d’heures dans les bouchons, ce qui représente un coût annuel de 73 milliards d’euros en termes de retard et de carburant. KPMG rappelle également que, pendant les pics de trafic, 88 % du parc automobile américain restent inutilisés !

C’est dans ce contexte que vient de se tenir, dans le cadre du Salon de l’automobile de Genève, un colloque très intéressant intitulé « La voiture branchée de demain ». À l’occasion de cette rencontre, tous les grands constructeurs automobiles ont semblé d’accord sur le fait que l’évolution technologique allait permettre, d’ici une dizaine d’années, la transition de la voiture assistée à la voiture autonome.

Grâce aux pas de géant accomplis en quelques années par l’informatique et l’électronique, la plupart des modèles haut de gamme récents possèdent de nombreux systèmes d’assistance à la conduite qui vont bien au-delà du simple freinage assisté ou des dispositifs antipatinage. L’apparition des radars de bord, couplés au télémètre laser et au traitement informatique permet à présent à certains véhicules d’adapter automatiquement la vitesse en fonction du trafic et de prendre la main sur le conducteur, en freinant automatiquement en cas d’obstacle imprévu et de situation urgente.

À l’occasion du Salon de l’automobile de Genève, d’autres innovations remarquables ont été dévoilées et devraient rapidement se généraliser à l’ensemble des véhicules. Plusieurs grands constructeurs, dont Ford, Audi et Honda, ont notamment présenté des voitures semblables à la voiture dont dispose James Bond dans ses derniers films. Ces véhicules sont en effet capables d’aller se garer tous seuls puis, dans certaines conditions, de venir vous récupérer à l’entrée du parking !

Après une première rupture technologique qui a vu l’arrivée des voitures assistées, nous sommes donc en train de vivre une deuxième révolution technique marquée par l’avènement des véhicules autonomes, dernière étape avant la voiture entièrement automatique.

La conduite automatique aura des conséquences majeures non seulement sur le secteur des transports mais plus largement sur l’ensemble de l’économie et de l’organisation sociale. En premier lieu, la généralisation de ce type de véhicule devrait permettre une réduction drastique du nombre de personnes tuées ou blessées dans les accidents de la circulation. On mesure mieux l’immense enjeu humain que représente cette question quand on sait que, chaque année, les accidents de la route provoquent au niveau mondial 1,3 million de morts et 25 millions de blessés, soit l’équivalent d’un conflit armé de forte intensité.

Dans un rapport publié en 2004, l’OMS a estimé le seul coût économique direct des accidents de la circulation à 518 milliards de dollars par an, soit 317 milliards d’euros, ce qui représente près de 1 % du produit mondial brut.

En second lieu, l’avènement des véhicules automatiques devrait également permettre des économies considérables de carburant pour plusieurs raisons : d’abord parce que ce type de voiture beaucoup plus sûr sera construit en matériaux plus légers. En outre, l’automatisation des véhicules rendra l’offre de transport bien plus performante, non seulement en calculant de manière optimisée les trajets les plus économes mais également en permettant la généralisation du covoiturage intelligent.

Autre conséquence majeure qui découle de la précédente : il sera possible d’utiliser les infrastructures autoroutières et routières existantes de manière bien plus efficace qu’aujourd’hui et de limiter ainsi l’extension du réseau routier dont l’impact écologique et social devient parfois insupportable, notamment en milieu urbain. Le cabinet KPMG estime d’ailleurs que le développement de la circulation en « train » de véhicules pourrait augmenter la capacité des voies rapides de 500 %…

Il est vrai que cette voiture du futur sera capable de calculer votre itinéraire et d’adapter sa conduite de manière personnalisée, en intégrant vos besoins et préférences. Le géant japonais Mitsubishi Electric travaille sur ce type de système et a récemment présenté son projet d’interface Homme-machine intelligente Ultra-simple HMI. Ce dispositif intelligent permet une utilisation intuitive et interactive de l’ensemble des fonctions du véhicule et évite au conducteur de se noyer sous le flot de voyants, alertes et informations en tout genre que lui délivre en permanence son ordinateur de bord.

Utilisant toutes les ressources de l’intelligence artificielle, Ultra-simple HMI est un système prédictif qui combine les données relatives à vos habitudes de conduite et les informations concernant les conditions de circulation, de manière à optimiser l’utilisation des quatre grandes fonctions de base prédéfinies que sont la navigation assistée, le téléphone, la climatisation et l’équipement multimédia.

Ce système intelligent permet au conducteur de prendre en main son véhicule en moins de 15 secondes en manipulant seulement deux boutons. À titre de comparaison, Mitsubishi Electric précise que, sans son interface, une voiture d’une complexité équivalente requiert une quinzaine d’opérations et environ une minute et demie pour être opérationnelle.

Concrètement, les informations nécessaires à la bonne conduite du véhicule sont proposées via un affichage tête haute sur le pare-brise. Il ne reste alors au conducteur qu’à sélectionner les différentes options proposées par l’ordinateur de bord de seulement deux boutons situés sur le volant.

Bien entendu, ce système qui devrait être opérationnel en 2018, utilise pleinement toutes les ressources de la reconnaissance vocale par l’intermédiaire d’un module baptisé « Touch & Voice » qui permet d’accéder à l’ensemble des commandes des fonctions de la voiture en quelques secondes.

Reste que le passage du véhicule autonome à la voiture entièrement automatique constitue un véritable bouleversement, non seulement sur le plan économique et technique mais également dans les domaines sociaux, culturels et juridiques. On sait par exemple qu’il existe depuis plusieurs années un programme de recherche soutenue par les polices des différents états de l’Union européenne et visant à permettre l’implantation, dans tous les véhicules autonomes ou automatiques qui circuleront sur notre continent d’ici quelques années, d’une puce permettant non seulement la localisation et la traçabilité du véhicule mais également son contrôle à distance.

L’idée de base de ce projet est assez simple et consiste, en utilisant toutes les ressources de la technologie, à pouvoir localiser n’importe quel véhicule mais également à pouvoir en prendre le contrôle à distance si nécessaire. S’inscrivant dans le cadre du programme « Enlets » (European Network of Law Enforcement Technology Services), récemment présenté, un tel système permettrait, à l’horizon 2020, de repérer et d’immobiliser à distance et en toute sécurité une voiture volée ou ayant un comportement dangereux pour les autres usagers.

Mais ce dispositif ne va pas sans poser de nombreux problèmes en matière de respect des libertés publiques et de la vie privée. En effet, la généralisation dans les véhicules de ce « mouchard électronique » signerait la fin de l’anonymat en matière de déplacement et viendrait en outre alimenter les données personnelles à finalité commerciale en fournissant de précieuses informations sur les habitudes et les goûts du conducteur…

Ces véhicules automatiques et télécommandables à distance poseront également de redoutables problèmes en matière de responsabilité civile et pénale. En cas d’accident matériel ou corporel, il faudrait en effet repenser entièrement la question de la responsabilité du conducteur et déterminer la part de responsabilité du véhicule et du constructeur, ce qui promet des débats législatifs et juridiques animés, compte tenu des enjeux économiques et financiers considérables en cas de sinistre.

Mais au-delà de toutes ces interrogations et questions, la principale révolution qu’entraînera la généralisation de la conduite automatique sera sans doute davantage sociale que technologique ou économique. Ce type de véhicule va en effet abolir les frontières entre transports individuels et transports collectifs mais également recomposer complètement l’offre publique et privée en matière de déplacements.

À partir du moment où il sera possible de produire à un coût compétitif des voitures entièrement automatiques d’un niveau suffisant de fiabilité, on peut en effet se demander si la propriété exclusive de ce type de véhicule aura encore un sens puisqu’il deviendra possible de dissocier complètement l’utilisation de ce moyen de transport modulable et intelligent et sa possession.

On peut donc imaginer qu’une multitude de modèles économiques et sociaux nouveaux apparaîtront et accompagneront le développement et l’utilisation de ces voitures du futur qui pourront enfin réaliser la quadrature du cercle et transporter de manière économique, écologique et personnalisée, l’ensemble de la population en combinant au niveau micro-économique l’offre privée et publique de déplacement.

Reste cependant une inconnue de taille : depuis son apparition il y a plus d’un siècle, l’automobile a toujours été à la fois le symbole de la liberté individuelle et l’expression d’un certain niveau social et économique.

En dépit de ces extraordinaires progrès technologiques qui rendent à présent la voiture automatique non seulement possible mais inévitable, il n’est pas certain que nous soyons prêts à renoncer si facilement à cette dimension symbolique et imaginaire très forte que nous projetons dans nos véhicules. Il faudra donc que cette technologie toute-puissante et omniprésente puisse continuer à nous faire rêver et sache s’adapter et s’humaniser, de façon à être acceptée par les utilisateurs et à être, in fine, perçue comme un progrès ouvrant de nouveaux horizons dans notre insatiable soif de déplacement et de liberté.

Si cet édito vous a intéressé, je vous invite à relire (Transports urbains du futur : vers la fin des grandes infrastructures) ce que j’écrivais déjà sur ce même sujet de la voiture automatique, le 18 Septembre 1999 dans RT Flash. Certes, je me suis trompé de 5 ans (l’échéance du véhicule automatique arrivera à terme en 2025 et non pas dès 2020 comme je le prévoyais en 1999) mais tout ce que j’écrivais il y a bientôt 15 ans va bien se réaliser. Cette confirmation d’une démarche sur le long terme apporte bien la preuve que la Prospective s’appuyant de plus en plus en amont sur les travaux de la Recherche sur l’ensemble de notre Planète, grâce aux nouveaux réseaux qui se sont développés dans ces dernières décennies, devient de plus en plus fiable.

Initialement publié sur RTflash, cet article est reproduit avec l’aimable autorisation de René TRÉGOUËT, Sénateur Honoraire et fondateur du Groupe de Prospective du Sénat

Tags :
Dernières Questions sur UberGizmo Help
  1. Vous auriez pu mettre le poste au nom de René avec sa tof’ comme vous le fait d’habitude, là y a aucun mérite qui revient à Ben…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité