Ces innovations technologiques qui vont changer le monde

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À quelques semaines d’intervalle, trois palmarès très révélateurs, concernant les tendances actuelles en matière d’innovation technologique, ont été publiés et leur comparaison est riche d’enseignements.

Le premier classement concerne une sélection des technologies numériques les plus innovantes en provenance de toute la planète, effectuée par un panel d’experts internationaux et présentée à l’occasion du forum Netexplo qui s’est tenu du 26 au 28 mars 2014 au siège de l’Unesco à Paris (voir Netexplo).

Parmi la multitude de nouveaux produits et outils numériques présentés, cinq méritent, me semble-t-il une attention particulière car ils sont particulièrement représentatifs du virage numérique en direction du bien-être et de la santé mais également des applications collaboratives mettant en œuvre des communautés virtuelles et impliquant de nouveaux réseaux de solidarité.

La première de ces applications, « Soma », qui vient d’Allemagne, analyse la tonalité de votre voix, la qualité de votre sommeil mais aussi la syntaxe de vos courriels. En analysant et en croisant toutes ces données, cet outil est capable d’établir un diagnostic de votre état nerveux et peut même vous proposer des mesures de prévention si vous êtes trop stressé.

La deuxième application primée par ce palmarès s’appelle « SimSenSei » et vient des États-Unis. Dans le même esprit que « Soma », ce système qui combine la technologie Kinect et un algorithme informatique, permet d’analyser les émotions ressenties par un individu et peut également repérer un éventuel état dépressif en analysant votre langage et votre comportement. Ces deux applications se situent à la frontière du monde numérique et médical et visent clairement le secteur en plein essor du bien-être et de la réalisation personnelle.

La troisième application, «  Skinprint », vient des Pays-Bas. Elle permet de produire de la peau humaine à partir d’une imprimante 3D biologique. Des cellules de la peau du patient sont prélevées par biopsie, pour servir “d’encre” dans l’imprimante. Ce produit à l’interface du numérique et du médical pourrait révolutionner la prise en charge des brûlures mais également de certaines affections dermatologiques graves. Toujours dans le domaine de la 3D, la quatrième innovation qui vient de Suisse est le scanner mobile 3D qui permet aux néophytes de modéliser facilement un objet que l’on souhaite reproduire. Il suffit en effet de prendre quelques photos de l’objet en question sous différents angles. L’informatique se charge alors du reste et vous délivre un fichier 3D prêt à l’emploi !

Enfin, la dernière innovation remarquable présentée à l’occasion de ce forum s’appelle « Jelly » et vient des États-Unis. Il s’agit d’un réseau social d’entraide qui obtient un succès croissant depuis son lancement en début d’année. Cet outil, imaginé par Biz Stone, co-fondateur de Twitter, permet à ses utilisateurs d’utiliser simplement des photos prises avec leur mobile pour demander de l’aide auprès des membres de leur communauté virtuelle. Exemple : vous devez remplacer une pièce à présent devenue introuvable pour faire tourner votre vieille platine de disques vinyles. Qu’à cela ne tienne, vous prenez en photo la pièce en question et vous la mettez sur le réseau, accompagnée de la question « où puis-je trouver cette pièce ? » Cette application innovante est très intéressante car elle illustre bien la tendance nouvelle du numérique à produire de nouveaux types de liens sociaux et à favoriser l’émergence d’une multitude de communautés virtuelles, distinctes des réseaux sociaux actuels.

Mais alors que Netexplo révélait son palmarès, le célèbre MIT (Massachussets Institute of Technology) publiait, comme chaque année, son classement des dix avancées technologiques majeures pour 2014 (VoirMIT Technology Review). Il est frappant de constater que dans les deux cas, les innovations primées se situent très majoritairement à l’interface du numérique, du médical et des sciences cognitives.

En effet, si le MIT n’a pas oublié de récompenser l’innovation que représentent les drones utilisés dans l’agriculture de précision, que j’ai déjà évoquée la semaine dernière dans mon éditorial sur le futur de l’aviation, il a également récompensé et reconnu comme innovation majeure la nouvelle génération de robots d’assistance personnelle, comme Asimo, déjà présente dans de nombreux secteurs d’activité, qu’il s’agisse de l’industrie, de la sécurité des services, de la santé ou de l’aide aux personnes âgées à domicile.

En effet, signe des temps, la plupart des dix innovations retenues par le MIT concernent des applications à finalités ou ayant de fortes potentialités médicales. Il s’agit d’abord de la possibilité de reprogrammer à volonté un génome, une prouesse rendue envisageable à la suite d’une expérience réalisée en Chine en 2013 sur des singes macaques. Au cours de ces essais, des chercheurs chinois ont réussi à insérer des gènes étrangers dans des embryons créés in vitro. Les embryons ainsi génétiquement modifiés se sont développés sans problème et ces singes ne présentaient aucune anomalie décelable à leur naissance. On imagine évidemment l’extraordinaire puissance de ce nouvel outil qui pourrait permettre de corriger à la source certaines anomalies génétiques responsables de pathologies graves. Mais, il ne faut pas le cacher, une telle technologie pose également des problèmes éthiques considérables…

Une autre innovation majeure retenue par le MIT consacre, comme le fait le classement Netexplo, les nouvelles perspectives d’utilisation de l’impression 3D microscopique dans le domaine médical. Il faut dire qu’il ne se passe plus de semaine sans annonce de la réalisation par impression 3D d’un implant, d’une prothèse ou d’un tissu biocompatible. Il y a quelques mois, une oreille bionique a été conçue de cette manière à Princeton en 2013 et est déjà commercialisée par la société américaine Second Sight. Début 2013, des scientifiques anglais et écossais ont annoncé avoir reproduit des cellules souches humaines sans perte de qualité avec une imprimante 3D et une autre équipe britannique de l’Université de Cambridge est parvenue à produire en début d’année des cellules rétiniennes par impression 3D.

Dans son palmarès, le MIT n’a pas oublié l’exploration du nouveau continent inconnu que constitue notre cerveau. Le célèbre institut a donc logiquement récompensé, en temps qu’innovation majeure, les deux initiatives concurrentes mais complémentaires visant à mieux connaître et à mieux comprendre le fonctionnement de notre cerveau : le Human Brain Project, lancé à l’initiative de la Commission européenne et le Brain Initiative américain, soutenus par l’administration fédérale du président Obama et visant à comprendre le fonctionnement dynamique détaillé du cerveau.

Mais notre système nerveux et notre cerveau peuvent également être des sources d’inspiration et constituer des modèles pour progresser vers une informatique intelligente et intuitive. C’est pourquoi le MIT a également retenu dans son placement 2014 les puces neuromorphiques, capables de reproduire certaines fonctions du cerveau humain. Le fabricant de processeurs mobiles Qualcomm a d’ailleurs annoncé la commercialisation dès 2015 de la première puce cognitive, baptisée Zeroth et inspirée du système olfactif des insectes. Cette « neuropuce » développée en collaboration avec l’Université de Heidelberg doit permettre de traiter plus efficacement et plus intelligemment un grand nombre de données.

Il n’est d’ailleurs pas impossible que cette puce neuromorphique soit intégrée dans la plate-forme de réalité virtuelle mise au point par la société Oculus Rift qui constitue également l’une des innovations retenues par le MIT cette année. Récemment rachetée par Facebook, Oculus pourrait devenir un outil incontournable de collaboration virtuelle dans une multitude de domaines allant de l’industrie à la médecine, en passant par les loisirs et l’éducation.

Les espaces et communautés collaboratives sont décidément au cœur de la vague d’innovations en cours puisque le MIT a également sélectionné les nouveaux outils de collaboration mobile, comme Dropbox, Google Drive ou Microsoft OneDrive, comme innovations majeures en 2014. Le grand avantage de ces outils est qu’ils permettent aux différents intervenants et acteurs, à partir d’un projet ou d’un document commun, d’apporter beaucoup plus facilement une valeur ajoutée cognitive importante à cette base commune de travail.

Autre innovation retenue par le MIT : les smartphones ultrasécurisés. À la suite de l’affaire Snowden, l’opinion mondiale a en effet pris conscience que les données personnelles de plus en plus nombreuses circulant sur l’Internet et les réseaux de télécommunication n’étaient pas suffisamment protégées et pouvaient être pillées et exploitées à des fins peu recommandables, soit pour des raisons commerciales, soit à des fins criminelles ou politiques. La réponse à cette situation commence à apparaître avec la mise sur le marché de terminaux et de mobiles particulièrement bien protégés, comme le Blackphone. Ce Smartphone a été conçu par Silent Circle, spécialiste reconnu des télécommunications cryptées et il est déjà disponible pour un prix de vente d’environ 500 €.

Enfin la dernière innovation retenue par le MIT concerne le secteur stratégique des énergies renouvelables et plus particulièrement la gestion prédictive et intelligente de la production d’électricité par l’éolien et le solaire. Ces énergies étant par nature diffuses et intermittentes, leur développement massif passe à la fois par des solutions nouvelles de conversion et de stockage de l’énergie mais également par des outils permettant de prévoir plus finement l’évolution des conditions météorologiques et par conséquent la production d’électricité éolienne et solaire.

Dans cette perspective, il existe à présent de nouveaux outils développés notamment par des firmes comme NRel ou Xcel Energy qui permettent de prévoir avec une très grande précision les perspectives de production énergétique d’une installation solaire ou éolienne. Ces systèmes, qui combinent intelligence artificielle, capteurs et données massives provenant des stations météorologiques et des satellites, sont notamment en cours d’expérimentation dans le Colorado.

Mais un troisième classement mérite également d’être évoqué pour compléter cet aperçu rapide des nouvelles tendances en matière d’innovation. Il s’agit de la sélection, toujours proposée par le MIT, des meilleurs innovateurs de moins de 35 ans, en France et qui a été présentée à Paris il y a quelques semaines.

Cette année, le prix du meilleur jeune innovateur français a été décerné à Rand Hindi, 29 ans. Cet entrepreneur, cofondateur de Snips, développe des solutions très innovantes qui permettent notamment d’améliorer considérablement la gestion urbaine grâce à des modèles de prédiction intelligente exploitant des données massives. Cette jeune société a notamment conçu un modèle prédictif bâti sur les statistiques de fréquentation du réseau Transilien de la SNCF, baptisé Tranquilien, qui propose aux usagers d’Île-de-France de choisir le meilleur moment pour prendre le train.

Ce palmarès des jeunes innovateurs français a également récompensé David Vissière, un jeune polytechnicien de 34 ans, qui a développé un remarquable système de navigation qui permet une géolocalisation fiable et précise sans  GPS. Partant du constat que le GPS est indisponible pour les piétons pendant près de 80 % du temps, ce jeune chercheur a découvert et exploité une technologie qui repose sur la connaissance et l’analyse des variations de champs magnétiques. Cette nouvelle technique, dite de positionnement magnéto-inertiel, pourrait trouver un grand nombre d’applications dans une multitude de domaines.

Enfin, parmi les autres lauréats de ce cru 2014 des meilleurs jeunes innovateurs, il faut également retenir Rémi Dangla, polytechnicien de 28 ans qui a développé un nouveau concept de micro laboratoire sur une puce. Utilisant toutes les ressources de la microfluidique, ce chercheur a conçu une plate-forme d’analyse qui peut produire jusqu’à 100.000 réactions chimiques simultanément et détecter d’infimes traces d’une substance ou d’un composant dans un échantillon. Pas plus grande qu’une carte de crédit, cette puce microfluidique, à partir d’une simple goutte de sang, est capable de fragmenter ce tissu et de l’acheminer, via des microcanaux, vers des sites de stockage et d’analyse par spectrométrie, fluorescence ou luminance. « Nous avons réussi à associer et intégrer sur une même plate-forme microfluidique  des procédés qui étaient jusqu’alors séparés », précise Rémi Dangla.

Pour compléter ces trois exemples d’innovations remarquables conçues et développées en France, je voudrais enfin, pour terminer ce survol rapide et non exhaustif, évoquer deux autres innovations françaises dans le domaine de l’énergie qui montrent à quel point notre Pays est capable d’exceller à un niveau mondial et n’a aucune raison de sombrer dans le pessimisme ambiant qui voudrait le convaincre qu’il est sur le déclin.

La première de ces innovations est celle mise au point par la société lilloise Nénuphar Wind et concernant un nouveau concept d’éolien flottant. Ce concept d’éolienne à axe vertical présente la particularité d’utiliser un flotteur peu volumineux, ce qui permet d’installer en haute mer des éoliennes à un coût beaucoup moins important que celui actuellement nécessaire pour des éoliennes marines. Or, l’avenir de l’éolien va se jouer sur les mers car c’est seulement sur ces immenses espaces où les vents sont plus forts et plus réguliers qu’il sera possible d’installer des éoliennes géantes de très grande capacité.

L’autre innovation concerne l’énergie solaire et pourrait également contribuer de manière décisive à la généralisation des installations solaires photovoltaïques, notamment dans les pays en voie de développement. Mis au point par la société Team Sun, basée dans l’Eure, ce système innovant, doté d’une motorisation unique en tête de ligne, permet l’orientation automatique des panneaux photovoltaïques grâce à un logiciel qui assure un suivi astronomique extrêmement précis de la course du soleil, ce qui se traduit par une augmentation moyenne du rendement énergétique des panneaux solaires de 25 à 40 %, selon les régions.

Dans son œuvre magistrale « Théorie de l’évolution économique », publiée il y a un peu plus d’un siècle, en 1912, le grand économiste américain d’origine autrichienne Joseph Schumpeter formulait l’hypothèse que ce ne sont pas les besoins des consommateurs mais bien l’offre des entreprises qui détermine fondamentalement les modes de production et le fonctionnement de l’économie.

Schumpeter va alors proposer sa distinction, à présent aussi célèbre que celle des cinq phases de la croissance économique de Rostow, des cinq formes d’innovation : l’innovation de produits, l’innovation de procédés, l’innovation de modes de production, l’innovation de débouchés et enfin l’innovation dans les matières premières.

En 1939, cet économiste iconoclaste et frondeur complétait sa théorie en y intégrant un élément fondamental : le rôle moteur des « innovations technologiques de rupture » dans les phases de croissance et de développement économique.

Certaines puissances émergentes, comme la Chine, ont parfaitement compris le rôle majeur de la recherche et de l’innovation, comme instrument de puissance économique mais également politique. Selon l’OCDE, pour la première fois, en 2012, la Chine a dépensé plus que l’Union européenne (UE) dans la recherche développement, proportionnellement à son PIB.

La Chine a en effet consacré en 2012 1,98 % de son PIB à la recherche, contre 1,97 % pour l’Union européenne. Et si l’on regarde l’évolution dans le temps, cet effort chinois est encore plus impressionnant puisque la part du PIB de ce pays consacrée à la recherche a plus que doublé depuis l’an 2000 alors qu’au cours de la même période la part du PIB européen en faveur de la recherche n’a augmenté que de 10 %…

Quant aux États-Unis et au Japon, ils consacrent respectivement 2,9 % et 3,4 % de leur produit intérieur brut à la recherche développement, ce qui représente un effort sensiblement plus important que celui consenti par notre vieux continent pour préparer l’avenir…

Ce panorama des tendances actuelles qui guident l’innovation scientifique et technique montre à quel point Schumpeter a été visionnaire en faisant de l’innovation technologique l’un des moteurs majeurs du développement et de la croissance économiques. Dans une économie mondialisée où la connaissance est devenue la principale richesse, nous devons avoir conscience que la capacité d’innovation et de créativité personnelle et collective constitue le principal facteur de compétitivité et détermine largement la puissance économique mais également politique des nations.

Si nous voulons que notre Pays et notre continent puisse conserver leur niveau de vie et continuent à peser politiquement dans le monde nouveau qui est en train de naître, nous devons favoriser à tous les niveaux l’émergence d’une véritable culture de l’innovation, ce qui passe notamment par une profonde refonte de notre système éducatif et de notre formation professionnelle et par des choix stratégiques en matière de recherche plus ambitieux et plus audacieux. Il faut espérer que nos dirigeants politiques prennent pleinement conscience de cette mutation radicale qu’est en train de vivre notre économie et notre société et sachent dégager des perspectives à long terme pour construire l’avenir et non le subir.

Initialement publié sur RTflash, cet article est reproduit avec l’aimable autorisation de René TRÉGOUËT, Sénateur Honoraire et fondateur du Groupe de Prospective du Sénat 

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  1. Très bon article.
    Pour moi l’avenir se joue dans la maîtrise de la nanotechnologie. Je fonde beaucoup d’espoir sur le graphène qui va révolutionner le monde des batteries et par ricochet nos déplacements (véhicule électrique, train, aéronefs…) et sur les nanotubes de carbones.

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