Philae va bien et pourrait même vivre plus longtemps que prévu ! [Màj]

Philae pourrait vivre plus longtemps

Attention ! Ne croyez pas tout ce qui est écrit. Autant la couverture médiatique sur Philae le jour de l’atterrissage était aussi précise qu’impressionnante, autant elle est aujourd’hui imprécise et à la limite du sensationnalisme budgétaire dépressif.

J’ai assisté aujourd’hui à la conférence de presse du CNES (l’agence spatiale française) qui s’est déroulée à la Cité de l’espace. Et j’ai pu interroger Marc Pircher, le directeur du Centre spatial de Toulouse, ainsi que Philippe Gaudon, le chef de projet Rosetta pour le CNES.

Regardez la vidéo ci-dessous, Philippe Gaudon nous explique tout ce qu’a fait Philae depuis son atterrissage épique ce mercredi 12 novembre. Et il nous gratifie en plus d’une excellente nouvelle qui ressemble à un scoop à partir de 4’10’’.

Philae a rebondi comme une grenouille
Tout d’abord, on sait que Philae ne s’est pas posé une fois, mais 3 fois sur la comète. Il a d’abord touché le sol à 16h33. Comme les harpons n’ont pas fonctionné, Philae a rebondi. Sur une comète, quand on rebondit, on ne fait pas semblant. La gravité est si faible que ce premier rebond a duré 1h50 ! Philae a ainsi parcouru plus d’un kilomètre en l’air avant de retomber sur la comète à 18h26. Pour fêter ça, Philae a rebondi de nouveau pour finalement frapper une falaise et se stabiliser en bas à 18h33.

Philae a ramené sa science
Bien sûr, avec ce petit imprévu, les scientifiques ont dû travailler, calculer et comprendre où et comment était Philae avant de pouvoir faire des expériences. Ils ont donc lancé toutes les expériences qui ne risquaient pas de faire bouger Philae. Puis ce vendredi, avant que la batterie de Philae ne soit à plat, ils ont pris des risques en utilisant toutes les expériences qui pouvaient faire bouger Philae, au risque de le renverser. Marteau-piqueur, foreuses… Tout a fonctionné ! (sauf un instrument). Philae n’a pas bougé d’un millimètre. Les scientifiques pensent qu’il est en fait bien calé contre la paroi. Une aubaine !

Philae is not dead
Philae n’est pas à l’agonie ! La batterie principale de Philae sera à plat cette nuit. Et les scientifiques vont utiliser ces derniers volts pour tenter de récupérer les informations du forage. [MàJ: les données ont été récupérées.]  Car l’analyse du forage demande pas mal de ressource. Il faut chauffer les poussières de comète récoltées à plus de 600° C ! Puis s’il reste un peu de jus, ils tenteront de déplacer légèrement Philae pour que les panneaux solaires soient mieux exposés. Car ce sont ces panneaux solaires qui doivent alimenter une batterie secondaire. Seulement, Philae ne se retrouve pas dans un endroit suffisamment exposé pour que la batterie se recharge rapidement. [Update 2 : ils sont parvenus à soulever Philae de 4 cm et ils l’ont fait pivoter de 35° afin d’optimiser l’ensoleillement des panneaux solaires.]

Philae est un Phoenix
A cause de la falaise où se trouve Philae, il n’y a que deux panneaux solaires qui sont exposés. Du coup, le calcul du temps d’exposition nécessaire pour que Philae puisse recharger sa batterie secondaire est un peu plus compliqué que prévu. Initialement, il était prévu que Philae se pose dans une zone dégagée et bien ensoleillée. Là, il se trouve sur le versant « hiver » de la comète. Il va donc falloir attendre que la comète tourne ou qu’elle se rapproche suffisamment du Soleil ou qu’elle expose l’autre versant après avoir fait le tour du Soleil pour que Philae puisse remplir sa batterie.

Philae fait travailler les matheux
Au moment où vous lisez cet article, il y a des scientifiques qui calculent le mouvement de la comète, sa position par rapport au Soleil, la position de Philae, les angles d’arrivée du Soleil sur la falaise, les projections d’ombre sur les panneaux solaire… sur les 12 prochains mois. Avec ces calculs qui seront connus dans 15 jours (oui, moi aussi, je les trouve un peu lent, je devrais leur prêter ma Texas Instrument), on saura exactement quand Philae aura assez d’énergie pour se remettre au travail.

Philae n’est pas une saucisse
Initialement, Philae devait vivre jusqu’en mars 2015. A cette date, il devait être assez proche du Soleil et son temps d’exposition devait être très important. Ces périodes d’ensoleillement devaient être tellement longues qu’il aurait eu du mal à évacuer la chaleur emmagasinée. Ses composant auraient grillés les uns après les autres, jusqu’à ce qu’il ne puisse plus communiquer avec Rosetta.

Et Scoop : Philae pourrait vivre bien plus longtemps que prévu !
Comme Philae ne s’est pas posé dans la zone prévue initialement, il ne va pas griller. Il devrait logiquement rester opérationnel beaucoup plus longtemps que prévu. Plus la comète Tchourioumov-Guérassimenko approchera du Soleil et plus il devrait avoir d’énergie. Et surtout, en passant de l’autre côté du Soleil, Philae pourrait se retrouver en « été » et reprendre ses expériences scientifiques. Le seul risque pour Philae serait que ses panneaux solaires soient recouverts de poussière et que leur efficacité soit réduite. Regardez la vidéo à partir de 4’10’’ pour avoir les explications de Philippe Gaudon.

N’oubliez pas non plus que Philae a réalisé presque toute la science prévue. S’il peut se rallumer dans les mois qui viennent, ses nouvelles analyses permettront d’affiner les résultats. La mission principale est Rosetta qui tourne toujours autour de la comète et qui réalise de la science à distance. Ses analyses devraient garder nos scientifiques occupées pour les années à venir.

Photo : ESA

Tags :
Dernières Questions sur UberGizmo Help
  1. Ahhh Merci Noredine d’avoir fait une vrai news , ça fait plaisir de lire un article de qualité après avoir vu du tout et n’importe quoi que ça soit ici ou ailleurs :)

  2. Très intéressant article :)
    J’avais l’intuition que ce bond de Philae au pied d’une falaise était finalement une chance pour la suite de la mission. Enfin c’est quand même un sacré coup de bol qu’il soit retombé sur la comète, vu sa géographie particulière. C’est bon signe d’avoir du bol à 500 millions de km d’ici :))

    En plus, n’est-il pas envisageable que les analyses faites au pied de cet amas rocheux donnent des informations plus intéressantes que sur le site qui était initialement prévu, étant donné la nature du terrain qui pourrait être plus diversifié que sur une surface composée d’une couche de poussière comme sur le spot initial ?

  3. Alors petite question pour les scientifiques de l’ESA. Si le satellite Rosetta est le seul moyen de communication avec Filae, qu’il est équipé des plus gros panneaux solaire jamais mis sur un satellite, ne risque t’il pas de griller avant Filae coupant donc toute communication avec la Terre???

    1. Reste à savoir si Rosetta a réellement besoin de suivre la comète de près … peut-être que la sonde peut rester à une distance qui lui offre suffisamment de protection ?

  4. En réalité, lorsque la comète sera le plus proche du soleil (sa périhélie), elle sera encore à 1,28 ua de celui-ci. Pour comparaison, la Terre en sa périhélie en est à 0,93 ua environ.
    Autrement dit, aucun risque pour Rosetta ni Philae de griller, il y fera toujours plus froid que s’ils étaient restés sur Terre

    Ce commentaire a reçu trop de votes négatifs. Cliquez ici pour voir le message.
  5. Faut faire comme avec nos smartphones qui n’ont pas une grande autonomie, désactiver le bluetooth, le wifi, le GPS/geolocalisation, le push etc..

    :) du coup inutile d’acheter un smartphone un simple téléphone mobile ayant plusieurs jours d’autonomie vous sera autant utile et surtout moins cher.

  6. Le fait que Philae se soit un peu plus « planqué » derrière une falaise pourrait donc lui sauver la mise en s’approchant du soleil. Cela serait fantastique que Philae soit fonctionnel pendant plusieurs cycles. Je trouve qu’après cette réussite technologique, il devient difficile de dire que telle ou telle chose est impossible. Merci pour cet article.

  7. En fait, lors du premier rebond, Philae a rebondi à 450 mètres d’altitude « seulement » (le kilomètre dont on parle doit être la distance entre les deux points d’aterrisage sur 67P, qui a tourné pendant que Philae rebondissait).

  8. Ahah ! Je savais qu’il y avait quelque chose de louche,
    Donc en fait le voyant « touch down » se serait allumé quelques secondes, à ce moment là on les voit tous plein de joie et applaudir.
    Le voyant s’eteint aussitot (rebond), personne ne le remarque dans l’euphorie. Moi je me dis, « hummm c’est etrange »… un autre scientifique (celui de la video ici) nous dit qu’un panorama se telecharge mais qu’il arrive avec plusieurs images et il faut le reconstituer (annonce optimiste mais dangereuse, il devait etre mal informé).
    Le meme scientifique nous montre une courbe qui est la vibration des panneaux solaire, il explique que les secousses sont dues au choc de l’atterissage et puis elles s’affaiblissent. Rien d’anormal visuellement donc car un rebond ou pas ça ferait la même chose à 4km/h. Ensuite quelques minutes plus tard je vois le bouton touch down allumé (au moment ou ils attendent le panorama).
    Donc la théorie du rebond est bonne mais je doute qu’il ai duré autant de temps ou alors quelqu’un a forcé le voyant à se mettre au vert.
    Ce qui est drole c’est quand on repense aux reactions en direct, l’euphorie et un rebondissement que personne ne voit ou que tous ignorent par peur d’annoncer :
    – « euh Toulouse, on a un problème ! ».
    – « Quoi donc, touch down mec ! bois un peu de champagne ! »
    -« non mais ça s’est eteint ! »
    -« c’est rien ce doit etre un bug, regarde, on continue a recevoir des données, il n’est pas crashé ! (à 4km/h ce serait etonnant) , attendons la photo »
    (ensuite la philae tourne en l’air, envoie une photo floue tournante, philae retombe et envoit la photo du sol que nous avons eu le lendemain)
    Bref un rebondissement qui explique ce que le spectateur voyait en meme temps que les scientifiques optimistes alors que tous savais qu’il y avait quelque chose de bizard .

    Pourtant ils ont du recevoir les données de l’altimètre et le fait quand l’altimètre atteint 0 ca s’allume (en admettant qu’il aient reglé le site à la valeur zero) puis l’altimètre devait continuer à envoyer des données d’altitude croissante donc à mon avis il y a un paquet de scientifique qui ont vu ce rebond à 27 minutes de decalage et à mon avis ça a créé quelques bug puisque philae n’etait pas programmé pour rebondir. Est-ce que l’appareil photo CIVA est programmé pour prendre un cliché après touch down même si touch down s’eteint ? Seul les scientifiques le savent : apparament oui car ils semblent avoir eu un photo du rebond de Philae en train de tourner. Ca aurait pu etre dangereux car il aurait pu aussi enclencher d’autres chose comme deployer un truc qui au moment du second « touch down » se serait cassé.
    Si ce serait arrivé, les scientifiques aurait bien eu du mal à expliquer leur « fausse euphorie » car ça aurait été tout simplement un crash retardé.

    Mais merci en tous cas pour cette explication, maintenant on y voit plus clair. J’aurais bien aimé un « Toulouse, on a un problème » et vivre cette panique du rebondissement mais ils preferent se taire ou fermer les yeux et nous le dire 48h plus tard… Pourtant je suis sur que bcp l’ont pressenti en direct car plusieurs elements et des blablas douteux nous laissaient penser « ca y est il a atteri, vous pouvez repartir, depechez vous car on a petit probleme a regler là, on vous donnera les photo hummm… demain ».
    Alors que generalement on les as le jour même.

  9. C’est moi où le paragraphe « Philae n’est pas une saussice » est bizarrement construit au niveau de la concordance des temps ? Sinon le reste est très intéressant….

  10. Pour accélérer les communications avec ce genre de mission, je propose de tester la chose suivante : prendre un peu de plutonium 240 « fabriqué » à un endroit précis d’une barre. Le vaporiser puis le recondenser. Faire 3 portions. Mettre 2 de ces portions en deux endroits très éloignés, sur terre ou ailleurs. Autour de ces portions, que nous appellerons « réceptrices », mettre un dispositif comptant les désintégrations spontanées (un genre de super compteur geiger monitorant l’activité radioactive), relié à une horloge atomique pour horodater précisément tout pic d’activité. Mettre la 3ème portion au point qui chauffe du LMJ et voir s’il se passe quelque chose, du coté des 2 portions monitorées, au moment du tir.

  11. Je me pose quand même une question : vu que les harpons n’ont pas ancré Philae au sol de la comète, n’y a-t-il pas un risque qu’il soit éjecté quand celle-ci va se rapprocher du soleil (et se comporter comme un comète en développant une coma (la queue des comètes) ?

    1. D’abord c’est pas un phénomène ponctuel : ça arrive petit à petit. Ensuite, en étant du coté ombragé, l’émission sera peut-être moindre (et elle peut être compensée par la faible gravité).
      Au final, ce que veut dire Noredine, c’est que le malheur qui lui est arrivé en n’atterrissant pas où c’était prévu, aura peut-être des avantages insoupçonnés en prolongeant la durée de vie in fine de Philae. On aurait voulu le faire, c’était beaucoup plus difficile qu’un placement en pleine lumière.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité