Tout ce qu’on sait sur Philae et Rosetta

Philae touchdown

J'ai rencontré Philippe Gaudon, le chef de projet Rosetta au CNES (l'agence spatiale française). Pendant plus de 2 heures, il a répondu à mes questions et m'a patiemment expliqué tout ce qu'on sait (à ce jour) de Rosetta et Philae qui se trouvent actuellement à 500 millions de kilomètres de la Terre. Et cerise sur le gâteau, nous avons même droit à quelques révélations :) 

Ce n’est pas facile de résumer 2 heures de discussion en un article pas trop pénible. J’ai donc réalisé plusieurs montages vidéos de courte durée où vous pouvez voir Philippe Gaudon expliquer avec des mots précis certaines thématiques. Je ne saurais trop vous recommander de regarder ces vidéos puisqu’elles ont le mérite de ne pas déformer les explications de Philippe Gaudon.

Mais où se trouve Philae ?

Comme vous le savez, Philae, un petit robot de la taille d’une machine à laver, s’est détaché du ventre de Rosetta (la sonde en orbite autour de la comète) le 12 novembre 2014. Et Philae s’est ensuite posé sur la comète.

Seulement au moment de son atterrissage, il y a eu plusieurs dysfonctionnements, le petit propulseur qui devait maintenir Philae à la surface n’a pas fonctionné. Puis, des harpons devaient accrocher le robot à la comète et eux aussi, n’ont pas fonctionné. Philae a alors rebondi sur plus d’1,4 km et il est passé d’une zone très ensoleillée à une zone peu ensoleillée.

Sur la vidéo ci-dessus, Philippe Gaudon explique tout ce qui s’est passé lors de cet atterrissage.  Et il nous montre les différents outils qui ont permis de comprendre que Philae avait rebondi à la surface de la comète. C’est en croisant les données récoltées par les panneaux solaires et les activations de capteurs mécaniques situés sur les pieds du robot que les chercheurs ont compris que Philae avait touché le sol, puis avait rebondi. L’éclairage sur les panneaux solaires changeait sans cesse, ce qui indiquait que Philae était en mouvement et tournait sur lui-même. Ils pouvaient même savoir à quelle vitesse il tournait et suivre l’accélération de ce mouvement après chaque impact avec le sol.

Si vous vous demandez qui était responsable  du petit propulseur et des harpons, ne cherchez plus, c’est le DLR, l’agence spatiale allemande. Pour le coup, il y en a qui s’en mordent encore les doigts aujourd’hui. Mais à leur décharge, c’est compliqué de savoir si du matériel électronique va fonctionner après 10 ans dans le froid spatial. Les tests en chambre froide ont  montré dès 2009 qu’après 5 ans dans le froid, seuls 2 harpons sur 5 fonctionnaient. Mais Rosetta était déjà partie.

Dans la vidéo ci-dessus, Philippe Gaudon nous explique pourquoi on ne sait pas où se trouve exactement Philae. Après des semaines de calcul, ils sont parvenus à déterminer une zone de 300 mètres de long et de 50 mètres de large où Philae aurait fini sa course. Et il nous explique également comment ils ont pu jouer aux détectives pour déterminer cette zone. En croisant les infos de divers instruments scientifiques, ils sont parvenus à calculer sa vitesse, sa trajectoire, ses mouvements… C’est assez passionnant.

Philae peut-il se réveiller ?

Normalement, Philae dispose d’une batterie qui peut se recharger grâce aux panneaux solaires qui le recouvrent. S’il avait atterri dans la zone prévue au départ, il aurait été très largement exposé au Soleil. Tant et si bien qu’il aurait même fini par avoir trop chaud et il aurait grillé en février ou mars car il ne serait plus parvenu à évacuer la chaleur emmagasinée.

Aujourd’hui, Philae ne risque pas d’avoir trop chaud mais trop froid ! Il se trouve entre -170°C et -70°C à l’extérieur, et les scientifiques imaginent qu’il fait dans les -60°C à l’intérieur du petit robot. Philippe Gaudon nous explique que l’électronique à bord de Philae a été conçue pour fonctionner entre -50°C et +50°C.  Et normalement, Philae ne devait pas tomber en-dessous des -40°C. Avec ses -60°C à l’intérieur, l’électronique de Philae risque donc d’être mises à rude épreuve.

Si Philae se réveille, pourra-t-on le localiser ?

Il est important de savoir où Philae se trouve pour plusieurs raisons. La première, on pourra mieux savoir quand il se réveillera et s’il risque de se retrouver un jour trop exposé au soleil (et donc de griller comme une saucisse). Ensuite, un des enjeux majeurs de la mission de Philae, c’est de faire un forage à la surface de la comète. Pour l’instant, il n’y est toujours pas parvenu. Et si on sait comment il est positionné, on a plus de chance de réussir ce forage.

S’il se réveille, on ne saura toujours pas exactement où se trouve Philae. On aura une meilleure idée de sa localisation mais on ignorera toujours la hauteur des rochers autour de lui, ainsi que la position dans laquelle il se trouve exactement. Les scientifiques pensent qu’il a un pied en l’air. Pour l’instant, des photos de la zone où se trouve Philae, prises en décembre 2014, sont toujours en cours d’analyse. Il faut savoir que sur ces images, Philae mesure seulement quelques pixels puisque les photos ont été prises à 20 km de distance.

Et qu’avons-nous découvert grâce à Philae et Rosetta ?

On nous a dit que Philae et Rosetta devaient nous permettre de mieux comprendre la formation du système solaire et même de la vie sur Terre. Nous sommes en février, et nous pouvons donc légitimement nous demander ce que nous avons appris.

Tout d’abord, il faut savoir que les scientifiques n’ont pas encore exploité toutes les données.  Pour l’instant, ils ont simplement pu analyser les données reçues entre août et octobre. Mais il y a déjà quelques résultats intéressants qui permettent par exemple de mieux savoir sur quelle comète nous sommes.

Rosetta NAvcam

La comète Tchouryoumov-Guérassimenko aurait été formée très loin du Soleil il y a 4,5 milliards d’années. Philippe Gaudon explique très clairement comment ils ont fait cette découverte dans la vidéo.

Le truc le plus dingue, (enfin qui m’a le plus surpris), c’est qu’ils se sont aperçu qu’il y a des éléments de 50 cm à 2  m de diamètre qui sont en orbite autour de la comète ! Ces rochers auraient été soulevés il y a 6 ans, lors du dernier passage de la comète à proximité du Soleil.

La surface de la comète contient des macromolécules organiques (carbone, hydrogène, oxygène, azote) qui sont les éléments nécessaires pour que la vie puisse apparaître. On ne sait pas exactement quelles sont ces molécules. Et le forage de Philae nous permettrait d’en avoir une vision plus claire.

L’autre élément, c’est la géologie de la surface de la comète. Ce n’est pas qu’une grosse boule de neige sale, déjà parce que sa forme ne ressemble pas à une boule, le dégazage de la comète n’est pas homogène. Il y a des cratères, des gros rochers, des puits… Bref, ça ne ressemble pas du tout à ce que les scientifiques imaginaient.

comet

Conclusion

Quoi qu’il arrive, l’histoire de Rosetta et Philae devrait connaître de nombreux rebondissements et coups de théâtre dans les mois qui viennent. Philae va-t-il se réveiller ? Ses instruments fonctionneront-ils ? Pourra-t-il forer sur la comète ? Les scientifiques vont-ils faire de nouvelles découvertes étonnantes ? Comment va se comporter la comète quand elle passera au plus près du Soleil ? Va-t-elle se couper en deux ? Bien entendu, je vous tiendrai au courant au fur et à mesure.

En attendant, préparons-nous à la prochaine éclipse solaire partielle qui aura lieu le 20 mars et qui sera visible en Europe. Mais j’en reparlerai aussi en temps voulu.

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Dernières Questions sur UberGizmo Help
  1. Superbe article Norédine, un grand merci ! Chaque semaine j’attends tes articles (surtout ceux sur l’aventure de Philae) pour relever le niveau du site, et je sais que je ne suis pas le seul

    1. Je ne comprendrais jamais les navets comme vous qui lisent les articles d’un site sans l’aimer et sans aimer les auteurs, et qui en plus vont déverser leurs conneries dans les commentaires. Moi c’est les navets comme vous que j’aimerais ne plus voir sur internet.

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  2. Merci pour cet article fort intéressant.
    Un bémol toutefois. Il est dommage et regrettable de traiter d’un tel sujet en utilisant la technologie actuelle et aboutir à un texte autant émaillé de fautes d’accords.
    Une relecture n’aurait pas été superflue.

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      1. il en reste une ^^ . « Pour le coup, il y en a qui se morde encore les doigts aujourd’hui ».

        s’en mordent!

        pour le reste, article sympa et intéressant, merci! 😉

  3. Super article merci ☺
    Comment peut on passer de -170 degrés à une température où Philae est sensé griller en 300 mètres seulement ?? Le cosmos est fascinant.

    1. L’espace ne retiens pas la chaleur, donc tout ce qui est à l’ombre est très froid (voire proche du 0 absolu). A l’inverse, rien ne protège les corps contre les rayons solaires lorsqu’ils y sont exposés, donc s’ils s’approchent trop le rayonnement augmente et fini par griller les instruments.

  4. Je ne me gêne pas pour critiquer les autres « rédacteurs » et leurs articles putaclics alors je vais pas me gêner pour remercier Norédine et sa COMPETENCE rédactionnelle.

  5. Artcile au TOP !
    Redaction impecable, sujet toujours interessant et complet !
    Il n’y a pas a dire, si je lis encore Gizmodo, c’est pour tes articles !

  6. Ça c’est un article qui porte très bien son nom!
    Je continue d’éprouver une inexpliquable empathie pour ce petit Wall-E, il représente, en théorie, ce que l’Humanité peut faire de mieux…
    Merci Norédine pour l’article très fourni!

  7. Pour moi EnPhilae n’est qu’une fausse mission.
    L’origine de l’homme, de l’univers…. allez, basta les balours !

    Le seul intérêt de cette missions et des futures du genre est de connaitre ce que l’on a à récupérer sur une comète.
    Nous somme dans l’air de l’industrie minière spatiale.

  8. En effet Mister Norédine,

    Je n’aime pas le bashing récurent que subit tes collègues. Mais, il faut avouer que c’est toujours un grand plaisir de te lire.
    Je vais à mon tour faire un peu de critique (ce que je ne me suis jamais permis jusqu’à présent) mais il y a les articles de journalisme et ceux de divertissement… tu es de la première espèce :)

  9. Ce dossier est génial ! Cela me fait penser qu’il aurait suffit d’une lampe LED sur PHILAE coûtant quelques euros pour retrouver l’atterrisseur, à l’image des motos d’endurance qui ont une petite lumière personnalisée pour les identifier dans le noir !

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