Adieu Philae ! Mais tout n’est pas terminé !

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Jeudi matin, j’ai appelé Philippe Gaudon, le chef de projet de la mission Rosetta du CNES (agence spatiale française) pour qu’il me parle de Philae, le petit atterrisseur à la surface de la comète Tchourioumov-Guérassimenko. Comme nous n’avons plus de nouvelles de Philae depuis le mois de juillet, je voulais qu’il me dise s’il allait enfin répondre ou s’il fallait perdre tout espoir. Et sinon, que va faire Rosetta  en 2016 ? 

philae gaudon

Résumé des faits Philae

Pour ceux qui n’ont pas suivi les aventures de Philae, il faut savoir que ce coquin ne s’est pas posé où c’était prévu. Au lieu de ça, il a rebondi plusieurs fois et parcouru 1,4 km pour se poser de traviole à une extrémité de la comète. Le problème, c’est que les scientifiques ne savent pas exactement où se trouve Philae. Tout ce qu’on sait, c’est que Philae a réussi à émettre en juillet et que les données récoltées sont tout à fait satisfaisantes.

Mais les scientifiques espéraient que Philae émette de nouveau pour le faire travailler encore un peu. Pour communiquer avec la Terre, Philae doit d’abord émettre ses données vers Rosetta, une énorme sonde qui est actuellement en orbite autour de la comète. Ensuite Rosetta sert de relais et envoie les données recueillies vers la Terre.

Cet été, la comète est passé au plus du Soleil et elle a fortement dégazé. Les scientifiques ont éloigné Rosetta afin de la protéger des projections émises par la comète. La distance était alors trop grande pour que Philae puisse joindre Rosetta.

En novembre, alors que la comète s’éloignait de nouveau du Soleil, la sonde Rosetta s’est rapproché à moins de 200 km, distance à laquelle elle peut de nouveau communiquer avec Philae. Mais depuis, c’est le silence radio. Philae n’envoie aucun signe de vie.

philae philippe gaudon

Mes questions à Philippe Gaudon

NB : Pendant combien de temps peut-on encore tenter de communiquer avec Philae ?

Philippe Gaudon  : Depuis novembre, c’est-à-dire depuis que Rosetta est de nouveau assez proche de la comète pour communiquer avec Philae, on envoie des commandes à Philae sans aucune garantie de réception. Et nous n’avons jamais eu de réponse . Il y a certainement quelque chose de cassé à bord. Le récepteur pourrait fonctionner sans que le transmetteur vers Rosetta fonctionne.

Nos calculs montrent que Philae ne peut plus fonctionner après fin janvier. La température interne de Philae diminue et les panneaux solaires ne reçoivent pas assez d’éclairage. Mais nous n’aurons jamais vraiment de date de fin de Philae.

On ne peut pas avoir une date plus précise ?

Philippe Gaudon  : C’est difficile à calculer. On ne sait pas avec précision où est posé Philae. Pour que les panneaux solaires puissent fonctionner et qu’on puisse faire des calculs, il faudrait connaître les ombres portées par le relief sur Philae, ou la quantité de poussières déposées sur les panneaux… Il y a plein d’incertitudes. Nos calculs sont approximatifs et, à mon avis, optimistes. En ce moment, nous envoyons les dernières commandes. Philae n’aura plus d’énergie de toute façon à partir de fin janvier. La température interne pourrait descendre en-dessous des -50°C, ce qui arrêterait complètement Philae.

Pourquoi Philae ne répond plus ?

Philippe Gaudon  : Il y a plusieurs hypothèses. La première hypothèse : l’électronique de Philae a souffert au moment de son passage au plus près du Soleil. Les températures internes sont montées assez hauts à l’intérieur de Philae. Elles ont pu atteindre les 50°C et c’est la limite pour l’électronique à bord. Philae n’est pas conçu pour fonctionner dans des conditions chaudes.

La deuxième hypothèse : Philae est recouvert de poussières. La comète a beaucoup dégazé. Les panneaux solaires ont été recouverts et les batteries ne parviennent pas à se recharger. Ou la poussière a recouvert les antennes qui empêchent le fonctionnement des antennes.

La troisième hypothèse : Philae a pu se déplacer et basculer. Il se peut alors que les antennes ne soient plus dirigées vers l’espace. Mais franchement, c’est l’hypothèse la moins probable.

Et Rosetta, qu’a-t-elle découvert récemment ?

Philippe Gaudon  : Avec Rosetta, on reçoit des données en continu. Et il faut encore les analyser. Mais les derniers résultats scientifiques qui nous ont surpris concernent la quantité d’oxygène contenue dans la comète. Cette quantité est exceptionnellement haute. Et ce n’est pas encore expliqué.

Que va-t-il se passer pour Rosetta maintenant ?

Philippe Gaudon  : Entre maintenant et septembre 2016, on va se rapprocher de la surface de la comète. On veut établir ce qui a changé à la surface et déterminer combien de matière la comète a perdu lors de son passage à proximité du soleil. Nous allons donc comparer les données recueillies en 2014 quand nous sommes arrivés sur la comète et aujourd’hui. Ce sont des choses intéressantes à venir. Puis, on va tenter de poser Rosetta sur la comète. Ce sera en septembre 2016.

Vous allez poser Rosetta sur la comète !

Philippe Gaudon  : Oui ! Mais on craint tous qu’elle arrête de fonctionner dès qu’elle touche le sol.

Pourquoi ?

Philippe Gaudon  : Les panneaux solaires de Rosetta font 35 mètres d’envergure et on ne pourra pas piloter la sonde jusqu’au dernier moment de manière à ce qu’elle touche uniformément et simultanément une surface parfaitement horizontale. Il y en a un ou deux panneaux solaires qui risquent de se casser au moment où la sonde touchera le sol.

Et l’autre risque, c’est de briser la grande antenne avec laquelle on communique avec la Terre. Elle fait 2 mètres de diamètre et elle risque aussi de se casser dès le choc de l’atterrissage.

Et si elle y parvient ?

Philippe Gaudon  : Si Rosetta parvenait à se poser sans casser ses antennes et en ne cassant qu’un panneau solaire sur les deux, les images ne seraient pas très intéressantes parce qu’elles seraient fixes et pas forcément dans la partie la plus active de la comète.  Par contre, tous les instruments pourraient fonctionner. On aurait alors des mesures sur les gaz, les poussières, le plasma… ce serait une sorte de lander qui complèterait le travail de Philae. Mais la probabilité pour que Rosetta survive à son atterrissage est très faible.

Il y a quand même un petit espoir pour Philae ?

Philippe Gaudon  : Philae est conçu pour communiquer avec Rosetta dès qu’il peut. Il n’a pas besoin de recevoir de télécommandes pour émettre. Nous allons donc continuer à l’écouter mais il est impossible maintenant que Philae émette quelque chose par manque d’énergie. Le transmetteur de données ne va pas pouvoir s’allumer, il lui faut 10 Watts de plus. Il faut 20 Watts disponibles et je pense que Philae ne les a plus. Je ne crois pas au miracle.

Merci Philippe Gaudon  ! 

Conclusion, tout ce qui parait simple et acquis sur Terre devient extrêmement compliqué dans l’espace et à plusieurs millions de kilomètres de nous. De son côté Philae a rempli sa mission à plus de 80% et Rosetta fonctionne aujourd’hui sans aucun problème. J’aime l’idée un peu folle de ces scientifiques qui veulent utiliser la sonde jusqu’au bout en tentant de la poser sur la comète. Quitte à la perdre autant que ce soit avec gloire ! Comme toujours, nous vous informerons dès que Rosetta aura du nouveau ou qu’elle se sera posée ou non sur la comète.

Tags :Sources :Rosetta
  1. Bonjour,
    Est-ce que l’atterrissage de Rossetta pourra être suivi « en direct », tout comme le monde entier avait suivi Philae, avec hastag dédié et tout et tout ?
    Merci

    1. Bonjour, je ne pense pas qu’ils puissent répondre à cette question pour l’instant, c’est encore trop tôt.
      Mais une chose est certaine, si c’est le cas, je vous avertirai avant en publiant un nouvel article !

  2. bon article comme d’habitude, et tu es le seul a lire et reagir au commentaire.
    bien detaillé, bien ecrit :).

    Peut etre que si la comete reviens vers le soleil dans quelques années ( + 50 ou 100 ans) peut etre qu’on pourra reutiliser le robot, meme si la technologie sera carrément obsolète.

      1. merci pour ta réponse, et tes éclaircissement sur la comète qui revient tous les 6ans et demi, et je ne savais pas. D’un point de vu scientifique, ca permet d’apprendre plein de choses sur la vie au dela de notre planete. Mais d’un point de vu financement, c’est vrai que rosetta a couté 1,2 milliards d’euros, partir en fumée si elle atterri pas bien.

        1. Pour le coût, il faut relativisier : c’est à la moitié du prix d’un sous-marin moderne, ou de trois Airbus A380, et il couvre une période de presque 20 ans du début du projet en 1996 jusqu’à la fin de la mission en 2016.
          Et les découvertes que ça va nous permettre sont sans commune mesure

  3. Norédine : merci mille fois. Encore un article passionnant, bien écrit, on apprend des choses sur un sujet génial. Merci.
    (je me permets une petite correction pour que ton article soit parfait : « Il y a certainement quelque chose de casser à bord. » >> de cassé 😉

  4. « Les températures internes sont montées assez hauts à l’intérieur de Philae. Elles ont pu atteindre les 50°C et c’est la limite pour l’électronique à bord. »
    Je suis très septique au sujet d’une limite des 50°C. Tous les composants pour le militaire, automobile et l’aérospatiale sont donnés entre -40°C et +125°C. Les composants d’entrée gamme pour le grand public sont donnés entre 0°C et +85°C. Alors dire que l’électronique ne tient pas les 50°C c’est fort!

  5. Bonsoir
    Je me passionne pour la conquête de l’espace et suis un lecteur assidu de nombreux articles; Ainsi j’ai appris que l’ESA souhaitait construire une base lunaire. Pour ma part je suis expert dans la conception des réacteurs nucléaires alors je voudrais modestement apporter ma contribution dans ce projet notamment sur l’études des risques et la manière d’en limiter les conséquences mais je ne sais pas comment m’y prendre pour apporter ma contribution à ce projet. Alors si quelqu’un peut me renseigner je suis preneur….

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