Espace, violence et satellites

pascal jaussi

Le 26 août dernier, Pascal Jaussi, le fondateur et PDG de Swiss Space System (S3), a été retrouvé dans une forêt après avoir été battu, étranglé, aspergé d'un produit inflammable et grièvement brûlé. Il ne doit sa survie que grâce à sa détermination. Il parvient à s'extirper de sa voiture et à appeler les secours et un ami qui le sauveront de justesse. Avant cette agression horrible, d'autres éléments troublants témoignent que le monde du spatial n'attire pas que de gentils geeks inoffensifs mais aussi des jalousies industrielles mafieuses. 

La vie de Pascal Jaussi ne serait plus en danger aujourd’hui, mais son corps a tout de même été brûlé sur 25% de sa surface. Placé sous morphine, il va subir plusieurs opérations et greffes.

plan de vol s3

Une bonne idée toute simple

Pascal Jaussi a 40 ans, il est père de famille, ingénieur et il a eu l’idée de fonder en 2013 Swiss Space System, une société qui veut démocratiser l’espace. Pour cela, il a imaginé et développé un drone sans pilote posé sur un Airbus. L’avion du fabricant toulousain fait grimper la navette à 10 kilomètres d’altitude et largue la navette qui s’envole alors pour l’espace. Elle y déposera quelques minutes plus tard des minisatellites (jusqu’à 250 kg) en vol suborbital.

La navette est entièrement pilotée à distance et une fois sa mission terminée, elle revient se poser sur une piste d’atterrissage et peut être réutilisée. Le coût d’un tel lancement serait de 10 millions d’euros, soit 4 fois moins qu’un lancement classique.

L’idée est simple et bonne. Il n’invente rien. Pour sa navette, S3 utilise des technologies qui existent mais les agrège à sa manière. Ce n’est donc pas pour les technologies mais plutôt du côté de la menace économique qu’il faut chercher les raisons d’une telle agression.

airbus s3

Mais une idée qui tue

Dans une interview accordée en avril 2016 au journal La Liberté, Pascal Jaussi faisait part de ses craintes.

«Je pense que l’impact stratégique de S3 a été sous-estimé. Démocratiser l’accès à l’espace n’est pas une vision fortement partagée par l’industrie spatiale. Nous ne pensions pas nous attirer autant d’ennemis en nous lançant dans ce projet et nous subissons beaucoup de pressions. J’ai parfois l’impression d’être David contre Goliath. Il s’agit d’un combat quotidien.»

Ses craintes, Pascal Jaussi en avait aussi parlé à la police et à son entourage. En 2015, des individus ont pénétré dans le centre de calcul de S3  pour inonder les serveurs avec des lances à incendie. 

Comme le rapporte la Tribune de Genève : «De par ses activités spatiales et son potentiel, S3 est classée parmi les onze entreprises les plus sensibles de Suisse, les enjeux stratégiques sont énormes, explique un des bailleurs de fonds de S3. Nous sommes effondrés et consternés par ce qui arrive. La pression était forte depuis longtemps: intimidations, lignes de téléphone sur écoute, espionnage. C’est de la folie, du vrai James Bond!»

Qui veut la peau de S3 ?

Ce ne sont pas les suspects qui manquent. En ce moment, la démocratisation de l’espace est vraiment à la mode et les pressions peuvent venir de nombreux pays qui se sentent en concurrence. La construction d’un spatioport avec de l’argent public peut aussi forcer certaines régions à renoncer à d’autres projets d’infrastructures publiques (imaginez une autoroute par exemple). Pour certains, il faudrait donc regarder du côté d’une grosse entreprise qui aurait perdu un gros marché. Mais ce n’est qu’une des nombreuses hypothèses que la police devra vérifier.

En attendant, S3 devrait faire une communication officielle la semaine prochaine. Nous ne vivons pas dans un monde de Bisounours, on le savait. Mais c’est toujours étrange/triste/navrant/révoltant de le constater.

 

Merci à @dascritch pour l’info

Tags :Sources :La Liberté
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