Siri ou Cortana : Nos IA deviendraient-elles sexistes ?

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Alors que les débats sur le sexisme touchent toutes les sphères de notre société, il y en a une autre qui n’échappe plus à la règle : celle de la robotique et de l’intelligence artificielle. On connaît l’IA sous plusieurs formes, mais force est de constater que celles-ci sont majoritairement féminines. Or représenter une intelligence « à notre service » exclusivement sous les traits d’une femme ne serait-ce pas sexiste ? C’est la question que se pose de plus en plus de spécialistes et philosophes.

Dans plusieurs rapports, Microsoft ou encore Amazon ont montré les statistiques des requêtes effectuées par les utilisateurs de leurs IA respectives. Il s’est avéré que Cortana et Alexa ont toutes deux reçues une grande quantité de questions à propos de leurs orientations sexuelles (pour ne pas dire leurs pratiques) ainsi que de nombreux commentaires grossiers.

Soulignons tout de suite que l’on ne peut pas y voir immédiatement la marque d’un sexisme volontaire des utilisateurs d’Intelligences artificielles. Nombre de ces requêtes sont effectuées par curiosité, notamment encouragées par la répartie programmée de ces IA. Ainsi, on prend presque un malin plaisir à pousser Cortana dans ses derniers retranchements, simplement pour voir comment Microsoft lui a apprit à nous éconduire.

Svedka, la marque de vodka suédoise, a longtemps associé l’image d’un robot féminin sexualisé à sa marque.

L’essentiel des concepteurs sont des hommes donc l’essentiel des IA ont l’apparence de femmes

Or, si l’on associe ce phénomène, au fait que la majorité des IA (chatbots, assistants personnels, robots etc…) en ligne aujourd’hui ont des traits féminins plantureux (prenons l’exemple d’Amelia, l’IA blonde aux yeux bleus d’IPSoft capable de comprendre le langage naturel humain), ne peut-on pas penser que l’industrie qui les conçoit fait preuve de sexisme ? C’est ce que pense le docteur Illeana Stigliani, professeur de design et d’innovation au London’s Imperial College Business School.

« Si ceux qui enseignent aux ordinateurs à agir comme des humains ne sont que des hommes, il y a une forte probabilité que les produits qui en résultent seront biaisés du point de vue du genre. Cela pourrait expliquer pourquoi nous voyons des bots féminins, sexualisés, avec une vision du monde qui reflète les normes sociales du groupe qui les a créé : les hommes blancs la plupart du temps ».

D’après Illeana Stigliani, si la tendance sexiste des IA est aujourd’hui questionnée, c’est donc avant tout parce que l’essentiel des ingénieurs qui les conçoivent sont des hommes. Si la créature est sexiste, c’est parce qu’elle est née d’une société qui l’est toute autant. C’est d’autant plus vrai qu’avec les procédés de machine learning, les IA apprennent du comportement des utilisateurs et adaptent le leur. Ce qui peut amener à la crise raciale et sexiste de Tay, la dernière expérimentation de Microsoft.

Les femmes s’intéressent à l’informatique de pointe mais craignent l’hégémonie masculine

Pourtant, les femmes ne sont pas désintéressées par l’informatique et l’intelligence artificielle. Missy Kelley, Designer produit IA pour l’agence New Yorkaise Huge, explique que les étudiantes sont toutes aussi intéressées que les hommes par ces techniques, mais souvent ralenties dans leurs projets ou découragées par la prépondérance des points de vue masculins dans le milieu.

Des propos que la BBC met en corrélation avec un rapport du National Center For Woman and Information Technology  soulignant une baisse vertigineuse de 64% des femmes de premier cycle (étudiantes en âge de partir à l’Université) souhaitant se spécialiser dans l’informatique et technologies de pointe.

IA : vers une complémentarité de la vision fonctionnelle des hommes et sociétale des femmes ?

D’après Missy Kelley, il y a une grande différence de point de vue entre les concepteurs masculins et féminins. Là où l’homme tend à créer une IA pour accomplir ou faciliter l’exécution d’une tâche donnée, « un grand nombre de femmes s’intéressent plus largement à la manière dont la technologie peut affecter la société. » Avant d’ajouter que pour intéresser plus de femmes, « l’enseignement doit évoluer pour passer d’un objectif axé sur les tâches, à un objectif déterminant comment l’IA peut résoudre des problèmes sociaux plus larges ».

En attendant qu’hommes et femmes travaillent le concert pour associer un point de vue fonctionnel à un point de vue sociétal, des entreprises font déjà le pari de concevoir des IA sans avatar et sans voix genrée. Le but étant de revenir à l’état premier de l’IA : c’est un robot « à notre service » et non « une femme à notre service ».

 

Les propos exploités pour étayer cet article sont rapportés par la BBC. Si vous êtes un spécialiste français du sujet, n’hésitez pas à nous contacter ou à suggérer vos opinions en commentaire de cet article, nous sommes preneurs.

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