Tom Hardy Taboo : Fascinante et horrifique Angleterre

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Avez-vous remarqué ? Depuis quelques années, les miniséries anglaises en costume ont la côte après des fans de sensations fortes. Horreur, action ou reconstitution historique, il est difficile de les situer exactement. La dernière en date, Taboo, portée à bout de bras tatoués par Tom Hardy, ne dépareille pas du genre…

Si Winston Churchill avait promis à ses concitoyens du sang, de la sueur et des larmes en pleine Seconde Guerre mondiale, certaines productions télévisuelles britanniques se surpassent depuis quelques années en matière de sang, sueur et stupre. En y ajoutant une bonne dose de caution culturelle, littéraire ou historique, histoire de ne pas être accusé de faire du sensationnalisme bon teint.

Le tout enrobé dans de grands moyens financiers, des décors et costumes somptueux et un casting trié sur le volet. Peaky Blinders et Ripper Street ont lancé la tendance, tout en restant dans un moule convenu : l’intrigue policière. Du côté de Peaky Blinders, les yeux bleu glacier de Cillian Murphy nous entraînent depuis 2013 au cœur d’un gang criminel, les Peaky Blinders du titres, des quartiers ouvriers de Birmingham au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Ripper Street s’invite dans le quartier londonien de Whitechapel, et son commissariat, quelques mois après la balade sanglante de Jack l’Eventreur (Jack the Ripper en VO). Dans les deux séries, la violence et le sexe sont bien présents, mais au-delà des chocs visuels et sonores (la B.O. de Peaky Blinders très moderne s’harmonise pourtant à merveille avec le début du 20e siècle urbain), l’intrigue reste classique et relativement facile à suivre, même si très prenant.

Le charme vénéneux de Penny Dreadful

Tout se corse en 2014 avec Penny Dreadful, la série fantastique noire signée par Showtime et Sky. Ici, tous les noms de l’imaginaire gothique anglais (Dracula, Frankenstein, Jekyll et Hyde, Dorian Gray et bien d’autres) sont convoqués pour servir de faire valoir à une intrigue mêlant possession, sorcellerie et émancipation féminine à l’ère victorienne. Eva Green, magnétique et envoûtante, est au cœur des trois saisons de cette série. Le reste du casting — Timothy Dalton, Josh Harnett, Billie Pipper ou encore Samuel Barnett dans un rôle à l’opposé de Dirk Gently — lui sert tour à tour de miroir, de faire-valoir ou de sparring-partner dans une débauche de scènes graphiquement superbes et au contenu dérangeant. Si certaines jouent sur l’effet-choc à la Games of Throne, la sensation de « y a un truc qui ne va pas dans ce personnage, ou cette sous-intrigue » est plus dans la durée. Et il suffit parfois d’une réplique anodine ou d’un regard pour la lancer.

Tom Hardy peut-il remplacer Eva Green dans nos obsessions ?

Penny Dreadful s’étant achevé en juin 2016, les amateurs de violence gothique se retrouvaient fort dépourvus. Quand la bise fut venue, BBC et FX, loin d’être des fourmis, leur apportèrent Taboo. Avec Steven Knight aux manettes (coucou Peaky Blinders) et Tom Hardy dans quasi chaque plan, cette minisérie de huit épisodes s’annonce comme un WTF (dois je encore traduire cet acronyme ?) dans le meilleur sens du terme. Au bout des quatre premiers épisodes d’une heure, je suis encore incapable de vous dire ce que je regarde avec délice chaque fin de semaine.

Peaky Blinders Trailer from Katie Swinden on Vimeo.

Est-ce le combat d’un Anglais rentrant d’Afrique et se battant pour retrouver son héritage et sa place dans la société sans sombrer dans la folie ? Est-ce un épisode méconnu de l’affrontement entre le Royaume-Uni, via la Compagnie des Indes orientales, et son ancienne colonie les États-Unis d’Amérique ? Est-ce une pure reconstitution historico-policière ? N’y aurait-il pas quelques éléments magiques ou fantastiques ? Toujours est-il que je ne suis pas plus avancée maintenant qu’au début de la série pour vous le dire. Tom Hardy y crève l’écran à chaque plan. Il faut dire que la caméra ne le quitte quasiment jamais de l’objectif, à tel point que malgré ses grognements à la Bane cela en devient fascinant.

Le reste du casting, à l’exception d’Oona Chaplin dans le rôle de la demi-sœur un peu trop proche, est également très bon. D’un instant à l’autre, on se demande si l’allié annoncé est un ennemi ou vice-versa. Et certains acteurs se retrouvent dans des contre-emplois délicieux, comme Mark Gatiss, le Mycroft Holmes de Sherlock incarnant ici un prince régent décadent, peu soigné de sa personne et totalement irrationnel. Notons également la prestation remarquable de Michael Kelly, qui jouait le bras droit de Frank Underwood dans House of Cards, en médecin-espion-teinturier.

Si le grand méchant semble être une société commerciale, La Compagnie des Indes orientales à une période (1814) méconnue de sa vie, je ne parierai pas sur le fait que la minisérie ne soit qu’une simple tranche d’Histoire. Il faudra encore attendre cinq semaines et la fin de Taboo pour le valider. En espérant une seconde saison ?

Après avoir été diffusés sur Arte, les deux premières saisons de Peaky Blinders sont disponibles sur Netflix en France : https://www.netflix.com/title/80002479. Ripper Street est disponible en DVD et sur Amazon Prime. Penny Dreadful est disponible dans son intégralité sur Netflix : https://www.netflix.com/title/70295760. Taboo est actuellement diffusé par BBC One et accessible sur le iPlayer de la chaîne (avec un VPN) : http://www.bbc.co.uk/programmes/b088s45m/episodes/player

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    1. Oops bien vu. J’invoque le trailer de The Halcyons vu lors de mes recherches iconographiques pour cette confusion (malgré Matt Ryan, The Halcyons ne m’a hélas pas transportée).

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