Saint Patrick : la science derrière la gueule de bois

Patrick

Quel que soit la raison, votre samedi matin pourrait se révéler difficile. L’anniversaire de tonton Thierry, la Saint Patrick, votre rencard ou votre soirée entre potes pourraient être fatals et plus précisément à cause des doses d’alcool que vous ingurgiterez. Mais pourquoi êtes-vous dans un état pareil, au point de rater la messe...

Pourtant, vous étiez prévenu qu’il fallait boire avec mo-dé-ra-tion. Qu’importe, le mal est fait, à défaut de pouvoir revenir en arrière, analysons la science de la gueule de bois. Car le corps tente manifestement de nous dire quelque chose avec cette fout** gueule de bois, mais quoi exactement ?

Bien, voyons ce qui provoque la gueule de bois

Il n’existe pas de définition consensuelle de ce qui constitue une gueule de bois, mais nous avons tous une compréhension générale de l’état dans lequel nous sommes, ou plutôt, l’état dans lequel nous errons.

Si tout dépend de la constitution et du seuil de tolérance des individus, il est largement possible de généraliser. Les symptômes surviennent généralement entre huit à seize heures après avoir bu de l’alcool et sont causés par un mélange toxique, la déshydratation, des modifications hormonales, la libération de molécules inflammatoires, un déséquilibre électrolytique et des sautes du taux de sucre dans le sang.

Lorsque vous êtes en état ​​d’ébriété, le cœur travaille plus fort, mais le cerveau ralentit (lorsque vous êtes ivre, vos ondes cérébrales affichent un ralentissement diffus sur une électroencéphalographie (EEG)). Le cerveau a du mal à sécréter l’hormone antidiurétique (ADH), qui est une molécule qui aide le corps à retenir l’eau. Au passage, c’est ce qui explique pourquoi nous allons plus souvent uriner.

Cet exode liquide provoque une déshydratation et pour certains, l’envie de consommer encore plus d’alcool. C’est une erreur. Le prochain cocktail va en outre inhiber encore plus la production d’ADH, entraînant encore plus de déshydratation, cela peut conduire à des déséquilibres électrolytiques. L’équilibre hydro-électrolytique concerne les rapports entre les différents électrolytes (sodium, potassium, chlore, calcium, magnésium,phosphore…) et l’eau contenus dans l’organisme. Bref, il vous manque des éléments pour vous sentir bien.

Mais la déshydratation n’est pas la seule responsable de la gueule de bois. 

Quand vous buvez, le corps métabolise l’alcool et le transforme en un produit chimique nocif appelé acétaldéhyde. À des concentrations élevées, l’acétaldéhyde est capable de produire des symptômes désagréables, comme le ferait un poison. Vous reconnaître facilement les effets de la gueule de bois : tachycardie, sueurs froides, nausées et vomissements.

Beaucoup de chercheurs pensent que la déshydratation n’est pas vraiment le problème, une partie seulement, mais que l’empoisonnement serait le principal coupable. Dans tous les cas, ce n’est pas tout. Pensez-vous.

Pendant que vous êtes occupé à lécher le fond du fût, la perfusion d’alcool va dilater vos vaisseaux sanguins, y compris ceux qui alimentent votre cerveau et c’est ce qui vous filera un sacré mal de crâne. Comme le lendemain de la Saint Patrick, où tous les Leprechauns continuent de clubber dans votre tête. Le corps subit également des modifications au niveau des taux de sérotonine et l’histamine.

On trouve la sérotonine dans le cerveau (où elle joue le rôle de neurotransmetteur ou de neuromédiateur) et dans le système digestif. Elle est impliquée dans la régulation de fonctions telles que la thermorégulation, les comportements alimentaires et sexuels, le cycle veille-sommeil, la douleur, l’anxiété ou le contrôle moteur.

Selon les récepteurs qu’elle active, l’histamine provoque une réponse immunitaire, une sécrétion de suc gastrique et d’acide chlorhydrique. Une fois la sérotonine et l’histamine détraquées, il y a une forte propension de chances que vous ayez également une douloureuse diarrhée.

Mais les scientifiques aiment être en désaccord, et certains suggèrent que ces fluctuations biochimiques ne sont pas pertinentes. La gueule de bois ne serait que le premier signe du sevrage de l’alcool. Ils soulignent que les symptômes sont plus prononcés lorsque le niveau d’alcool dans le sang redevient proche de zéro et qu’ils peuvent disparaître avec une nouvelle consommation d’alcool, quelque chose de connu comme « soigner le mal par le mal ».

Y a-t-il des théories bizarres ?

C’est amusant que vous le demandiez ! Les recherches plus récentes suggèrent que les shots de tequila (oui, le 5ème était clairement de trop…)  nous font sentir au bout de notre vie pour une raison radicalement différente.

Dans une étude (une étude où les gens étaient payés pour se saouler) vingt hommes en bonne santé ont été invités à s’abstenir de manger, boire du café et faire de l’exercice physique dès 16h. Puis, ils ont eu pour tâche de boire un cocktail contenant 23% d’alcool complété d’un jus d’orange à 19h. Boisson qu’ils ont dû ingurgiter toutes les heures. De 23h à 7h du matin, des prises de sang régulières ont été effectuées.

Les résultats sont surprenants et suggèrent que lorsque nous abusons de l’alcool, le système immunitaire se réveille et un certain nombre de marqueurs inflammatoires sont activés, libérant des produits dans le sang, l’interleukine-10, interleukine-12 et l’interféron-gamma.

L’interleukine-10 est connue pour causer un syndrome pseudo-grippal quand il est injecté à des volontaires sains. Les deux autres molécules déclenchent habituellement une cascade de symptômes comme des nausées et tremblements, accompagnés de diarrhée. Ce qui n’est pas sans rappeler la gueule de bois…

La mauvaise nouvelle. Le corps traite l’alcool comme s’il s’agissait d’une infection. Heureusement, nous pouvons être en mesure de diminuer le niveau de ces molécules inflammatoires avec de simples médicaments… comme l’ibuprofène.

Alors, quel est le remède scientifique pour soigner la gueule de bois ?

En quelque sorte, cela dépend. Nous ferions bien de nous rappeler que la consommation excessive d’alcool est appelée intoxication, car l’alcool est vraiment une substance toxique et que d’avoir une gueule de bois n’est pas si différent d’une bonne la grippe. Si tant est qu’une grippe puisse être bonne…

Ainsi, tout comme les symptômes peuvent varier, il semble que le remède à la gueule de bois en fasse de même. Il faut bien plus que quelques Doliprane et boisson pour sportifs pour vous remettre d’aplomb.

La caféine, l’oxygène, le sucre, et la vitamine B6 ont tous été utilisés avec succès comme un remède contre  la gueule de bois. (Certaines recherches suggèrent que le meilleur combo est tout simplement le café et l’aspirine). Sinon, il existe des patchs. Ernest Hemingway ne jurait que par le jus de tomate et la bière. Les romains mangeaient des œufs de hiboux. Allez savoir il y a beaucoup de remèdes étranges… (Comme le Sprite, m’voyez).

Pouvez-vous boire sans avoir une gueule de bois ?

Le Saint Graal n’est-il pas ? Boire un peu (toujours ce modération, rappelez-vous), sans se choper les désastreux symptômes du lendemain de cuite.  Pourrions-nous avoir un jour les effets agréables de l’alcool sans les effets secondaires ? Il semble que ce fantasme pourrait devenir réalité. Un professeur de neuropharmacologie à l’Imperial College de Londres a affirmé qu’il avait identifié des molécules qui reproduisent les effets agréables de l’alcool, par exemple.

David Nutt est un neuropsychopharmacologue britannique qui poursuit son combat et sa recherche d’une solution miracle contre les effets de l’alcool. Serait-il aujourd’hui parvenu à élaborer un substitut à l’alcool tel qu’on le connaît et une pilule pour en annuler quasi-instantanément les effets ? C’est en tout cas ce qu’il affirme:

« Après avoir testé l’un des composants, je me suis senti bien, relaxé, un peu ivre et à moitié endormi pendant environ une heure, et quelques minutes après avoir pris l’antidote j’étais parfaitement éveillé en train de donner une conférence sans aucun problème. »

Sans avoir détaillé sa molécule, ce substitut d’alcool cible particulièrement le système de neurotransmetteurs responsable du sentiment de bien-être que l’on éprouve après quelques verres. Ceci étant… Cette déclaration date de 2013 et dimanche dernier m’a prouvé que ce bijou n’était pas encore sur le marché..

« En théorie, on pourrait créer un substitut qui fait se sentir les gens bien et sociable tout en supprimant les effets indésirables, comme l’agressivité et la dépendance. »

Le professeur aime comparer sa découverte à la e-cigarette et suggère que l’élimination des effets secondaires toxiques de l’alcool est à la fois une occasion de gagner de l’argent et un intérêt de santé publique. Il rêve de faire une large gamme de cocktails…

En attendant, courage, ça va passer…

Gdb

Photo credit: kevinpoh via VisualHunt.com / CC BY

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