Inquiétudes en Allemagne au sujet d’un logiciel de reconnaissance vocale destiné aux réfugiés

crise immigration - logiciel linguistique

Cela a été annoncé ce weekend : l’Allemagne va entamer le test d’un logiciel de reconnaissance vocale et linguistique, pour aider à l’examen des demandeurs d’asile. Si la démarche pourrait potentiellement permettre d’accélérer les prises en charge des dossiers, certains experts s’inquiètent des dérives que peut également permettre ce genre de technologies, utilisées dans ce but.

Avec 430 000 demandes d’asile à examiner, les services allemands ne manquent pas de travail. L’une des parties de ce travail consiste à vérifier si les demandeurs d’asile proviennent bien du pays dont ils disent provenir, car ils n’ont souvent aucun papier à présenter. A l’origine, cet examen est effectué en enregistrant un dialogue avec la personne, puis envoyé à un linguiste, qui sera chargé de déterminer si cette personne parle bien le dialecte ou la langue de sa région d’origine.

L’enjeu est essentiel : reconnaître un demandeur d’asile d’un usurpateur d’identité, ou plus dangereux, d’une personne malveillante qui viendrait dans le pays avec des intentions peu louables (prévention du terrorisme). Ici, le logiciel ne serait qu’un indice parmi d’autres, qui permettrait aux autorités de continuer le processus de demande d’asile, ou non.

On comprend assez rapidement la levée de bouclier en Allemagne, contre ce type d’engin : il est en effet, extrêmement difficile de savoir, malgré toutes les compétences que l’on peut avoir, de déterminer si la langue que parle une personne est bien sa langue natale. Beaucoup de facteurs entrent en compte : le langage parlé, l’argot, qui diffère d’une région à l’autre ; mais aussi les dialectes qui coexistent dans certains pays. Sans parler du facteur humain et émotionnel, et de la capacité d’imitation d’un accent.

Monica Schmid, professeur à l’Université de l’Essex en sciences du langage, a d’ailleurs fait mention d’une récente étude conduite par son équipe : ils ont demandé à plusieurs groupes d’Allemands natifs de reconnaître, à l’oreille, si le discours qu’ils entendaient provenait d’Allemands natifs ou d’étrangers parlant couramment la langue. Il s’est avéré que le groupe testé a identifié des étrangers, quand il s’agissait en réalité de natifs ayant séjourné plusieurs années à l’étranger.

« Reconnaître la région d’origine d’une personne en se fondant sur leur langage est un travail excessivement complexe. Les humains, comme les machines, peuvent aisément se tromper, mais les humains sont probablement meilleurs pour effectuer ce travail que les machines. » a déclaré Monica Schmid.

La langue change en permanence, l’humain lui-même est soumis à des émotions et de la fatigue, surtout dans les conditions extrêmement difficiles que rencontrent des demandeurs d’asile, qui peuvent altérer son langage et sa façon de parler ; un système électronique ne prend pas tous ces facteurs humains en cause, et ne peut pas faire preuve de l’intelligence complète, émotionnelle et analytique, d’un humain en chair et en os.

Tags :Sources :gizmodo
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