Les jeux vidéo favorisent-ils le chômage des jeunes hommes (et le satanisme, et la fin du monde) ?

guide gaming

C’est du moins la conclusion de cette étude préliminaire (donc, provisoire et incomplète), menée par des équipes de chercheurs en sciences économiques et sociales des universités de Princeton, Chicago et Rochester. En effet, dans leur étude, ils tentent d’établir un lien entre le chômage croissant des jeunes hommes de moins de 30 ans et leur rapport aux jeux vidéo.

Une étude sur les jeux vidéo, sur public restreint

Il faut préciser tout d’abord que l’étude a été menée sur un public ciblé : des hommes de moins de trente ans, appartenant à des catégories sociales CSP – et n’ayant pas pu bénéficier d’études supérieures. C’est dans cette frange spécifique de la population (américaine, ici étudiée) que le chômage a considérablement augmenté depuis le début des années 2000.

Que dit cette étude ? Qu’en l’absence de travail salarié, ces jeunes hommes, souvent encore chez leurs parents, et sans responsabilité familiale, passent de plus en plus de temps dans les loisirs, et que le gaming leur prendrait 75 % de leur temps. Un loisir gourmand en temps donc, et qui effacerait la recherche de travail.

Pourquoi, toujours d’après l’étude ? Selon les auteurs, les jeux vidéo sont de plus en plus attractifs, séduisants, et addictifs : scénarios léchés, graphiques superbes, suites immersives : on peut en effet, facilement passer des centaines d’heures à jouer sans jamais s’ennuyer une seule seconde, tant l’offre est diversifiée et de qualité. Toujours d’après les auteurs de l’étude, ce côté séduisant des jeux vidéo ferait oublier leurs responsabilités aux gamers (on suppose donc ici que l’on parle d’harcore gamers), et rendrait ce mode de vie oisif plus facile qu’avant. Ils s’appuyent pour cela sur la profusion de l’offre en termes de loisirs technologiques : jeux, mais aussi réseaux sociaux, forums, sites internet… Il serait donc plus facile, aujourd’hui, de rester chez soi à ne rien faire.
Le gaming est gratifiant, facile, satisfaisant : matez-moi donc cette bande de feignasses qui préfère rester s’abrutir devant des jeux vidéo plutôt que de chercher un travail.

jeux vidéo

© Glenn Carstens-Peters

Cause et conséquences : problématiques spécifiques

Mais ne nous contentons pas de cela. Non, car cette étude a eu beau être menée par des chercheurs de trois universités prestigieuses des Etats-Unis, il semblerait que la cause et la conséquence aient été inversées, et que pas mal de paramètres aient été oubliés. Sans compter l’effet kiss-cool de la culpabilisation des chômeurs, toujours appréciée.

Eh oui, car le gaming dans le cadre d’un chômage longue durée des jeunes, c’est la conséquence, dans bien des cas, et non la cause. On ne prend pas trop de risque à dire que le chômage touche fortement des franges de plus en plus jeunes de la population, y compris ici en France. Le cas du chômage des jeunes non-diplômés apporte encore d’autres questions, et d’autres problématiques, auxquelles les sciences sociales sur le terrain tentent à la fois de répondre et d’apporter des solutions. Au départ de tout, il y a sans doute l’éducation et l’orientation, dont on ne peut que constater, aujourd’hui, l’échec patent.

Enfin, relier chômage avec vie de loisir facile, c’est bien la réflexion de quelqu’un qui n’a jamais été au chômage : cette situation de la vie est tout, sauf un loisir. Il faudrait à ce moment-là se demander ce que peuvent compenser de jeunes gens en s’immergeant complètement dans le jeu vidéo, en s’éloignant d’une réalité sans doute trop difficile à affronter, quelles qu’en soient les raisons. Car si le problème du chômage des jeunes est bien préoccupant, ce n’est pas en stigmatisant les moyens de décompensation, et ce qui peut être un simple loisir (il est bon de le rappeler, apparemment), que l’on va mieux comprendre le problème et pouvoir le résoudre.

Les jeux vidéo : boucs émissaires faciles

C’est un peu cacher le problème en agitant un grand drapeau orange fluo, qui dirait « Coucou ! Regardez par ici ! Pas le vrai problème ! » ; la vraie problématique ultra-vaste d’un chômage structurel, d’un modèle économique rouillé, et d’une absence de perspective pour la jeune génération, qui n’entend, depuis sa plus tendre enfance qu’une seule phrase, une toute petite phrase qui tourne en boucle et peut ruiner l’optimisme, pour peu qu’en plus, l’on ne soit pas né du bon côté de la barrière : C’est la crise.

Tags :Sources :lifehacker
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