Emmanuel Macron : nouvelle politique numérique, à quoi faut-il s’attendre ?

Emmanuel Macron

Le 7 mai 2017, la France avait désigné son nouveau président, Emmanuel Macron, avec 66,1% des voix. Très longtemps resté flou sur son programme, le président, qui se distingue à la fois par sa jeunesse et son parcours éclair dans la politique française, sans jamais avoir été élu auparavant, a prévu un programme chargé et ambitieux concernant le numérique. Ce président qui vient du privé est souvent comparé à un patron de start-up, et s’il semble être franchement ancré dans la culture du numérique, il est attendu au tournant, notamment sur les plans économiques et sociaux. Son programme pour le numérique est un peu flou mais il ratisse large, de la disparition des zones blanches jusqu’aux plans d’investissement pour les start-ups, en passant par la protection des données et l’Intelligence Artificielle. Retour et synthèse d’un programme qui vise haut.

Le numérique pour tous

Le premier défi majeur en termes de numérique va se poser dans la résorption de ce que l’on appelle les « zones blanches », ces endroits qui disposent d’une connexion faible à l’internet. Emmanuel Macron prévoit ainsi de poursuivre la marche de ce qui avait été entamé déjà sous son prédécesseur. Il envisage ainsi une couverture très haut débit, fixe et mobile, sur toute la France, d’ici 2022.

En ce qui concerne la vie quotidienne, le président prévoit de poursuivre et renforcer la dématérialisation des démarches administratives, sauf en ce qui concerne les papiers d’identité. Mieux vaudra donc savoir se servir d’internet : l’idée est bonne, mais elle risque de pénaliser des populations moins connectées. Dans le programme de Macron également, le développement de l’e-santé pour lutter contre les déserts médicaux. Enfin, le président ambitionne d’interdire totalement les smartphones dans les écoles et les collèges. On ignore pour le moment comment cela va être mis en place, étant donné que la majorité des règlements intérieurs prévoient déjà cette interdiction, difficile à appliquer dans les faits.

Concernant l’éducation, le programme prévoit aussi de développer l’apprentissage du numérique, possiblement en intégrant des cours de codage informatique, pour que les élèves possèdent quelques bases dans ces domaines.

Accompagner les TP/PME et les start-ups

« Nous aiderons les TPE et les PME à réussir leur transformation numérique. Celles qui s’engageront dans des transformations ambitieuses exigeant de conduire sur une période de temps limitée une requalification de leurs salariés bénéficieront d’un accès privilégié à la formation professionnelle. »

Ça, c’est la promesse du mouvement En Marche (rebaptisé La République en marche pour la campagne des législatives), qui souhaite développer le numérique chez les TPE et PME. Parti du constat qu’encore trop peu de PME possèdent un site internet (1 sur 3 en France contre 87% en Allemagne), Emmanuel Macron souhaite remettre le numérique au centre des entreprises, que ce soit pour la communication ou pour une plateforme de vente. Pour cela, des aides et des formations sont à prévoir, pour que les entrepreneurs comme les salariés, acquièrent les compétences nécessaires.

Pour cela, le programme prévoit un plan d’investissement de 5 milliards d’euros : un plan qui sera mis en place au niveau européen, sous réserve que les négociations aboutissent avec les autres pays-membres de l’Union européenne. Cela prendrait la forme d’un « marché unique du numérique », qui harmoniserait la réglementation numérique pour tous les pays de l’UE, et de mettre en place ce « fond capital-risque » de 5 milliards d’euros pour investir dans les start-ups.

Concernant l’Europe justement, Emmanuel Macron souhaite un vrai plan d’ensemble, pour permettre à l’Europe de trouver sa place dans la mondialisation numérique et « défendre avec lucidité et souveraineté, comme le font les autres grandes puissances, nos intérêts économiques et industriels dans la mondialisation. » Ainsi, la nouvelle présidence espère renégocier le Privacy Shield d’ici 2018, ce cadre de protection des données entre l’UE et les Etats-Unis. Enfin, on trouve également le projet d’instaurer une « Agence européenne pour la confiance numérique » au nom de la régulation des grandes plateformes numériques (protection des données personnelles, loyauté de leur fonctionnement, etc.).

Innovation, fiscalité et Europe : l’ambition réformatrice d’Emmanuel Macron

Le programme fiscal est l’un des domaines sur lesquels le président nouvellement élu est le plus attendu. A la fois les patrons de start-ups et des TPE/PME, ainsi que les indépendants et les « ubérisés » du monde du travail, attendent Macron au tournant, avec chacun des intérêts différents.

Si le programme prévoit de réformer en profondeur l’ISF, afin de favoriser (a priori) le réinvestissement des entreprises dans l’économie, « transformer en profondeur l’ISF afin de taxer uniquement la rente non productive, tout en favorisant la réussite par le travail, la transformation et l’inventivité et ce qui est ré-investi dans l’économie », il envisage aussi de restreindre les facilités fiscales des très grandes entreprises d’internet et du numérique, les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). En effet, ces entreprises payent leurs impôts dans le pays du siège social, or celui-ci est systématiquement installé soit dans un paradis fiscal, soit dans un pays permettant des facilités, comme l’Irlande. Macron souhaiterait que ces entreprises payent leurs impôts dans le pays où sont réalisés les profits. Une proposition qui risque donc de rencontrer quelques oppositions au sein de l’Europe.

Question innovation, l’ex-banquier d’affaire et économiste souhaite que la France donne toute sa place à la recherche numérique, et notamment à l’intelligence artificielle. Il est notamment question de créer un fond d’investissement à la recherche de 10 milliards d’euros. Pour le nouveau président, beaucoup de choses vont se jouer sur ce secteur d’avenir.

Le numérique fait partie des gros dossiers du quinquennat, parce que c’est un domaine transverse : touchant à la fois des sujets économiques, fiscaux et sociétaux, le développement du numérique peut tout aussi bien renforcer l’ubérisation déjà constatée du travail, ou bien être un facteur de développement, tout en protégeant à la fois les utilisateurs (données, chiffrement) et les employés. Les mesures proposées par Emmanuel Macron et son équipe sont parfois floues, tant dans leur contenu que dans leur mode d’application ; reste à voir, dans les semaines, mois et années qui viennent comment cela va s’articuler. Pour le moment, a priori, le président sera interpellé sur des dossiers plus urgents comme l’emploi et l’éducation, ou encore la transparence et la moralisation de la vie politique, qui a beaucoup fait parler d’elle durant cette campagne longue et éprouvante.

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